Reflexio

mardi 4 août 2009

De l’infulence de la technologie sur la société

Filed under: Reflexion — ginklpios @ 17:57
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Peut-être est-ce que je me méprends, mais il me semble qu’énormément de gens sous estiment largement le lien entre la technologie et la société. C’est pour cela que je ponds un deuxième pavé sur le sujet. Comme le premier, ne cherchez pas de référence ou de biblio, c’est du brut de décoffrage de ma psyché torturée.

Analogie avec le biais des mots sur les idées.

Il y a, je pense, une analogie assez intéressante entre ce que je vais développer dans cet essai et le lien entre les mots et les idées.
En effet, la majorité des gens ne perçoivent pas le biais que produisent les mots sur les idées. Pourtant, le moyen le plus efficace pour véhiculer et même exprimer une idée est bien sur de la faire porter par des mots. Cependant, les mots sont comme des briques de Légo qui contiennent les idées. Et bien qu’il existe énormément de mots, il n’existe pas de mots pour toutes les idées. Nous sommes obligés de trahir nos idées à chaque fois que nous les exprimons avec des mots. Les auteurs de littérature le savent bien. De même, les traducteurs ressentent bien le fait que le vocabulaire d’une langue ne permet pas d’exprimer toutes les idées. Certains mots ou tournures idiomatiques n’ont pas leurs équivalents dans les autres langues. La traduction, c’est l’art de faire des compromis car la traduction parfaite n’existe pas. Ainsi, ces deux trahisons évidentes des idées par les mots nous font approcher de la troisième trahison, de loin la plus sournoise. En effet, dans notre propre processus mental de réflexion, il advient toujours un moment où une idée est traduite en mots. Pour des raisons pratiques ou parce que nous ne pouvons faire autrement, je n’en sais rien. Mais cet ultime trahison arrive toujours tôt ou tard. Ainsi, nos processus entiers de cognition se voient fourvoyés par des approximations, des biais.
Pour résumer, le langage, véhicule des idées, est plus qu’un simple véhicule, il modèle les idées et, selon le point de vue, les biaise.

En quoi la technologie modèle la société.

Commençons avec des exemples.
Qu’est-ce qui signe l’activité des premières sociétés humaines? La culture? L’écriture? La parole? Non! L’utilisation d’outils! Les premières révolutions sont celles de la maitrise du feu et de la taille de la pierre et des os. Ces premiers outils, selon certains archéologues accompagneront la décroissance de notre mandibule (car les outils contondants et le feu permettent de se passer d’une mâchoire puissante), permettant la poursuite de la croissance du volume de notre boite crânienne et peut-être la naissance de la parole articulée. D’après cette thèse, ce sont donc ces premiers outils qui nous ont conféré la possibilité physique de la culture: un cortex frontal développé et une langue bien pendue 😉 . Première révolution, pas mal non?

Qu’est-ce qui permet aux premiers humains de se sédentariser? Une espèce de céréale? Un croissant fertile? Oui, certes, mais sans outils, comment auraient-ils cultivé la terre? À main nue? Non, sans outils de travail de la Terre, il vaut mieux continuer à élever des chèvres et à cueillir des baies. Ce sont AMHA bien les outils qui ont permis l’agriculture. Et l’agriculture d’engendrer les premiers surplus que l’espèce humaine a connu. Anecdotiques, les surplus? Pas tant que ça! Ce sujet vaut bien un paragraphe a lui seul. Deuxième exemple de révolution terminé!

Les surplus, c’est ce qui permet le progrès. Mais qu’est-ce que le progrès? Le progrès, c’est l’accumulation au cours du temps des amélioration dans un système. Prenons un système dit « primitif » dans le sens de « débutant ». Il n’est pas très efficace et suffit juste à s’entretenir. Par exemple la chasse-cueillette. Difficile dès lors de trouver le temps de l’améliorer. La chasse et la cueillette sont difficiles et aléatoires. À peine a-t-on trouver de quoi se nourrir qu’il faut repartir en quête d’une nouvelle source sous peine de n’avoir pas le temps d’en trouver et donc de crever lamentablement de faim. Les seules opportunités pour améliorer le système sont les périodes où la nature est plus clémente, les périodes où il y a du surplus, où vous pouvez vous asseoir un moment et réfléchir à ce qui vous entoure, pour une fois que vous n’avez pas la faim au ventre. CQFD.

Heureusement pour nous, plus le système est efficace, plus il génère de surplus et plus il nous laisse le temps de l’améliorer (voire de faire autre chose…). C’est un cercle vertueux.

Bon, c’est pas tout ça, mais on parlait des révolutions technologiques!
Qu’est-ce qui a permis aux premières villes de dépasser les quelques dizaines d’habitant? Les surplus agricoles? Les murs et les portes solides? Oui certes, mais encore une fois, il faut plus que ça! Il faut une écriture pour écrire des lois! En effet, les lois orales, c’est bien, mais c’est trop peu fiable. Qui vous prouve en effet que le représentant de la justice qui vous aide à résoudre le conflit que vous avez avec votre voisin utilise toujours les même règles? Si elles ne sont pas écrites, rien! D’ailleurs certaines des premières traces d’écritures que l’on a retrouvées ne sont autres que la transcription de lois. Pour finir mon exemple, je ne dois pas oublier de préciser que ces dites lois sont indispensables dans une communauté lorsqu’elle dépasse un certain nombre de membres. Ainsi, mon troisième exemple montre bien l’influence d’une technologie, l’écriture sur la société (sa taille, ses lois).

Qu’est-ce qui permet à quelqu’un d’obtenir ce qu’il veut même s’il n’a pas ce que l’autre désire en échange? Ne serait-ce pas l’argent? Or, qu’est-ce que l’argent? Un objet qui représente une valeur. Un objet a qui on donne une fonction, un outils, donc. Moi, je pousserais bien jusqu’à parler d’une technologie… pas vous? Certes pas extrêmement technique à la base, mais une technologie quand même. Au fait, qu’est-ce qu’une technologie?

Bonne question! Comme avec pas mal de concept que l’on cerne facilement, il est difficile d’en donner une définition bien … définie! (peut-être à cause de ces fichus traitres de mots!) J’ai déjà vu un numéro HS d’une revue uniquement consacré à cela, alors je ne vais pas être exhaustif en quelques lignes. Mais je qualifierais bien de technologie, un ensemble d’outils et de méthodes permettant de réaliser une tache. Par exemple, la technologie de la voiture à essence nécessite au moins de l’essence, une voiture et l’art de la conduite automobile pour vous véhiculer d’un point A à un point B. De même, la technologie de la monnaie nécessite des outils: des billets ou des pièces et une méthode, l’estimation du prix pour réaliser un échange commercial. Encore une fois, une technologie, la monnaie permet une révolution de la société: le commerce (bien plus efficace que le troc, rappelons-le!).

Je pourrais multiplier les exemples à l’infini: la roue, le moteur à vapeur, le télescope, le microscope, l’électricité, la radio, le moulin, le bateau, la boussole, la poudre à canon, les alliages métalliques, l’imprimerie… Tous ces exemples (et bien d’autres) ont bouleversé les société qui les ont inventées, augmentant les surplus et accélérant le progrès.

On voit donc que c’est bien le progrès technologique qui précède les évolutions de la société et non l’inverse. En effet, de façon triviale, l’utilisation d’un outil présuppose l’existence dudit outil. Les conséquences sociales de l’utilisation de cet outil, d’après le principe de causalité présuppose donc aussi l’existence de l’outil. CQFD. Les révolutions, ou évolutions majeures de la société sont dues à des changements de grande ampleur de l’environnement de la société. Cet environnement est composé de la nature, de la culture et des autres sociétés.

Or, qu’est-ce qui permet aux hommes de modifier massivement la nature? Les outils, et même, dirais-je les méthodes qui vont avec. La technologie, en somme.
Qu’est-ce qui a permis la culture et la modèle encore? La technologie, encore une fois!
Qu’est-ce qui a une influence sur les autres sociétés? En utilisant un raisonnement récursif, on tombe sur … la technologie.
CQFD. La technologie a une influence sur les trois grandes composantes de l’environnement d’une société.

Bien sur, je ne nie pas que la nature n’évolue pas indépendamment de l’effet de la technologie. Je ne nie pas non plus que la culture possède son propre moteur, mais son support reste en grande partie la technologie. Les sociétés ne sont pas totalement sous l’influence de la technologie, mais il me semble que son influence soit largement sous estimée.

Je pense qu’on peut lier les caractéristiques des grandes sociétés que la Terre a portées à l’état de leur technologie. Et plus cette technologie se développe, plus l’influence de la nature se réduit. Plus elle se développe et plus les croyances se basent sur les analyses scientifiques, particulièrement consommatrice d’outils, et mère des nouvelles méthodes et des nouveaux outils, mère du progrès technologique, en somme. C’est un cercle vertueux qui entraine l’accélération du progrès technologique.

On peut penser que les cités-états grecques avaient cette forme et cette taille à cause de l’état de leur technologie (qui comprenait les esclaves), des contraintes de l’environnement et de leur histoire. Par exemple, les grands penseurs grecs avaient le temps de penser et les citoyens grecs le temps de débattre car des esclaves travaillaient pour eux.

De même, le moyen-âge a vu la construction des châteaux-forts car ils étaient efficaces pour se défendre contre les épées et les flèches. En découle la structure féodale qui place les nobles possédant les châteaux en position de dominance par rapport aux cerfs. Naturellement, les châteaux auraient été inutiles sans guerre. C’est pour cela que le moyen-âge a pu durer si longtemps: le système s’auto-entretenait: les nobles avaient les deux cartes en main: le château pour maintenir le servage et les guerres pour maintenir les châteaux. Ainsi, l’arrivée de la poudre et des boulets métalliques qui rendent inutiles les châteaux voient la fin du système purement féodal.
L’époque des lumières découle de l’intensification des échanges des idées permise par l’imprimerie. Certains auteurs se répondent à cette époque par ouvrages interposés.

Je voudrais terminer cet essai par le constat de la naissance il y a 20 ans d’une technologie révolutionnaire. Internet. On a vu les bouleversement provoqués par l’imprimerie. Les lumières, la révolution française, pour ne citer qu’eux. Or, l’imprimerie AMHA, par rapport à internet, on peut dire que c’est du pipi de chat . Donc je pense qu’on peut s’attendre à de gros bouleversements pour le futur. Des bouleversement qui, contrairement à ce que peuvent en penser la majorité des gens sortiront largement du cadre le l’Internet en lui-même pour affecter de nombreux et divers aspects de notre société.

Ginklpios, qui a dit que les NTIC ça sert qu’à faire des bulles?

Edit: je viens de voir resurgir une video sur RWW que le framablog m’avait fait découvrir il y a quelques mois. Comme par hasard, ça parle un peu de cette révolution de L’internet alors n’éhsitez pas à la regarder, Serge Soudoplatoff y est énorme!

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