Reflexio

dimanche 12 avril 2009

Révolutions

Filed under: libre,NTIC,Reflexion — ginklpios @ 17:27
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Dans la veine de ces longs et interminables pavés qui ont constitué mes premiers balbutiements sur ce blog, le billet suivant est aussi intéressant que long (à mon sens) et dénué de la moindre référence (je sais, c’est le mal). Cependant, je ne pouvais pas faire plus court sans sacrifier mon argumentaire et le bibliographier est au dessus de mes forces. Bonne lecture.

J’ai toujours pensé que les grands faits historiques, ceux qui sont relatés dans les manuels scolaires d’Histoire-Géographie, les mêmes dont nos chers professeurs essaient de nous en faire saisir l’importance et l’intérêt, étaient vécus intensément par leurs protagonistes. Que ces derniers ne pouvaient vivre en les ignorant; qu’ils les subissaient de plein fouet ou y étaient impliqués corps et âme. Bref, qu’ils ne pouvaient passer à côté ou y échapper.

Cependant, il semblerait bien que nous soyons dans une grosse crise. Des banques et autres instituts financiers font faillite chaque semaine (ou presque), des usines mettent la clé sous la porte à un rythme tout aussi affolant, faisant grossir les rangs des chômeurs partout dans le monde et par dessus tout, le pouvoir des chats d’achat baisse chaque jour un peu plus. Bref, c’est l’apocalypse en direct-live.

Et pourtant! Et pourtant, croyez-le ou non, mon petit train train quotidien continue son petit bonhomme de chemin comme si de rien était. Quoi! Malgré ce que nous assènent en permanence les mass-media, il serait possible de continuer à vivre normalement? Et bien oui, mon compte repose dans une banque qui a fait des bénéfices en 2008, je n’ai pas d’ouvrier dans ma proche famille et je ne perçois la baisse du pouvoir de mon chat que d’assez loin.

Ainsi, c’est comme cela que le quidam vit des événements historiques? Ça fait certes un peu de vagues dans les media, m’enfin, je ne suis pas en train de me battre dans la rue pour arracher une miche de pain dans les mains d’une fillette de 6 ans qui venait juste de dénicher la-dite miche dans la vitrine éventrée d’une boulangerie pillée… j’ai toujours une ration alimentaire largement au dessus de celle des milliards de personnes et surtout largement au dessus de mes besoins. J’ai toujours mon ordinateur alimenté par le secteur sans la moindre coupure et mon accès à internet. Et par dessus tout, j’ai toujours accès à nombre de distractions que ne m’envierait même pas le pauvre terrien moyen tant il les trouverait futiles.

Tout cela pour dire que l’Histoire, c’est pas comme dans les films catastrophe hollywoodiens. Même dans les grands moments, c’est pas super palpitant. Sans doute un manque d’ambiance sonore… Ils devraient mettre une musique d’ambiance stressante genre film d’horreur quand ils parlent de la « CRIIIISE!!! » au JT de TF1, peut-être que l’on se rendrait un peu plus compte de l’importance historique de la chose.

Bon, c’est sympa tout ça, mais en 5 paragraphes, toujours rien en rapport avec le titre de ce billet… non, je plaisante, écrire pour rien, c’est pas mon truc 😡 Le rapport vous allez le constater au cours de la lecture de la suite, vous inquiétez pas!

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, un bref rappel historico-sociologique:

  • La société, c’est ce qui émane des interactions d’un large ensemble d’êtres humains vivant en communauté.
  • Les interactions entre individus sont possibles grâce à nos modes de communications biologiques (parole, sons, gestes, mimiques, odeurs, etc…) mais aussi facilités ou augmentés par la technologie.

=> Vous conviendrez donc du fait que la technologie influe sur la société en ce qu’elle modifie les interactions entre les individus.

Non, vous n’en n’êtes pas convaincus? Bon, ok, quelques exemples:

  • Invention de l’écriture. Oui, rien que ça. L’invention de l’écriture a permis de fixer les idées sur le papier, de les faire perdurer dans le temps. De les universaliser du fait que quel que soit le lieu, les mots ne changent pas sur le papier. L’écriture à permis de fixer des idées dans le temps et l’espace. Il en résulte l’invention de la loi (au sens des systèmes de loi complexes comme ceux de la Grèce antique; les lois orales existaient depuis longtemps), enfin pérennisée par le support matériel. Loi qui, vous en conviendrez à affecté en profondeur la société. Un peu plus tard, apparaissent celles que l’on appelle les religions du livre. Judaïsme, christianisme et islam sont toutes trois basées sur des écrits fondateurs. Vous constaterez encore une fois l’incidence de l’écriture sur la société!
    Mais pendant longtemps, l’écriture va rester une rareté, accessible uniquement à une élite. Ainsi, la société n’évolue pendant plusieurs centaines d’années qu’au rythme des déplacements humains (à pieds, à cheval, à dromadaire, ou encore en bateau). Et chaque grand déplacement humain (croisades, guerres, commerce ou encore exploration navale) entrainera son lot de bouleversement dans la société, dus naturellement à la communication avec de nouveaux peuples.
  • Une seconde grande étape est, vous vous en doutez peut-être, l’invention de l’imprimerie. L’écriture quitte alors peu à peu les élites pour se répandre dans la population. Je retiens deux grandes mutations dues à ce phénomène. L’apparition du protestantisme, due directement à l’appropriation directe des textes bibliques par des communautés anglo-saxones. Et j’ose le dire, l’époque des lumières qui rayonna en Europe grâce aux communications intensifiée entre les grands penseurs de l’époque, amorcée grâce aux livres imprimés. Si ça c’est pas de l’influence de la technologie sur la société, alors je ne sais pas ce que c’est!
    À partir de cette époque, le rythme d’édition de livres et la quantité de texte imprimé ne cessera d’augmenter de part le monde, facilitant toujours plus l’accès à la connaissance. En parallèle, les liens commerciaux s’intensifient et les échanges d’idées avec. La société, et la culture avec, évoluent comme jamais auparavant. Et comme la technologie découle des idées, le système s’emballe. La science moderne apparait, faisant bondir les avancées technologiques. Dans tous les domaines, les idées sont couchées sur le papier puis répandues via des livres imprimés. Même l’actualité se laisse imprimer dans les journaux! C’est un véritable cercle vertueux qui favorise les échanges qui favorisent en retour la culture et donc la technologie. Pendant que les échanges matériels profitent des avancées technologiques (moteur à vapeur, à explosion, train, voiture, bateau, avions), nous inventons le téléphone, la radio et la télévision. Nous entrons peu à peu dans l’ère de l’information.

Ces deux exemples relatent certaines mutations profondes de la société occidentale amorcées par deux grosses avancées technologiques: l’invention de l’écriture et l’invention de l’imprimerie. Ces deux événements ont provoqué de réelles évolutions. Cependant, il est très difficile d’identifier de réelles périodes de révolution. En effet, les bouleversement se sont répartis sur plusieurs générations (du moins pour toutes celles datant d’avant le XXième siècle). Quand placer une date pour marquer le début de ces évolutions? Je pense que si l’on désire définir le début de ces deux périodes d’évolution accélérées, l’invention des technologies correspondantes sont les bonnes dates malgré le fait qu’elles précédent parfois de plusieurs générations les évolutions socio-culturelles.

Notons par ailleurs une accélération générale du rythme d’évolution. Il suffit de regarder le temps qui sépare deux avancées technologies majeures pour s’en convaincre. De même, on constatera que le XXième siècle concentre à lui seul la majorité des avancées majeures dans de nombreux domaines: scientifique, technologique, sociologique, culturel.

En résumé, nous venons de voir deux technologies informatiques (~ de l’information, terme certes anachronique, mais, je le pense, adapté) qui ont eu des conséquences majeures dans la société occidentale. Cependant, le temps de latence qui sépare l’invention de la technologie et ses grandes applications a souvent duré plusieurs générations.

Voila pour le plantage de décor. Maintenant, regardons un peu autour de nous, dans le présent, dans le domaine de l’informatique. Et bien nous avons deux avancées technologiques majeures dans ce domaine lors des soixante dernières années: l’invention de l’ordinateur(~60 ans) puis l’invention d’internet (~20 ans).

Après la transcription du message sur un support physique (invention de l’écriture) puis la généralisation de ce moyen de communication (invention de l’imprimerie), nous assistons coup sur coup à l’invention d’une machine universelle de traitement de l’information (l’ordinateur) puis à la mise en réseau de ces machines (internet), c’est-à-dire la possibilité d’une communication directe entre deux ordinateurs. Nous avons à présent le moyen d’abandonner le support physique pour rendre à l’information son état originel: virtuel, le moyen de la traiter massivement et le moyen de la communiquer rapidement à travers l’espace à peu de frais.

Nous assistons littéralement à une révolution informatique sans précédent, bien plus puissante que les deux dernières. Maintenant, rappelez-vous les conséquences des deux dernières… imaginez donc les formidables conséquences de la révolution que nous vivons actuellement. Le XXIième siècle promet d’être un siècle particulièrement riche en évolutions scientifiques, technologiques, sociologiques et culturelles majeures.

Seulement, j’ai deux constats à faire:

  • La plèbe n’en a pas du tout conscience (cf les premiers paragraphes! les révolutions ne se vivent qu’a posteriori).
  • Parmi ceux qui en ont conscience, un certain nombre ne pense qu’à prendre le contrôle de cette révolution afin d’en tirer profit.

Et ces deux constats me conduisent à penser que comme les premiers n’ont même pas conscience de ce qu’il se passe, les seconds vont s’en donner à cœur-joie.

C’est un enjeu majeur pour l’avenir de notre société. Et le problème est que cela a déjà débuté. Partout dans le monde, des états et/ou des entreprises cherchent à prendre le contrôle de l’internet. Ce serait sans doute une perte inestimable si tel était le cas. C’est pourquoi certains principes telles que la « net-neutrality », l’utilisation de formats standards et l’utilisation de technologies qui permettent de conserver le contrôle sur ses données doivent être ardemment défendus.

Finalement, il ne me faut qu’un pas pour dire que les geeks (au sens de connaisseurs des Nouvelles Technologies de l’Information et la Communication) et autres libristes sont les ardents constructeurs et défenseurs des futures avancées scientifiques, technologiques, sociologiques et culturelles majeures.

C’est sur ce constat que je clos ce billet qui n’est pas seulement une ignoble auto-congratulation: il se veut être une aide à la prise de conscience des enjeux de la prise de contrôle des technologies informatiques par certains acteurs malveillants. L’informatique est bien plus qu’un vulgaire moyen de mettre en page des documents texte et mérite bien plus de considération qu’elle n’en a actuellement.

De même que la conscience écologique peut prendre la forme d’un hypothétique reproche de nos enfants: « Que faisiez-vous lorsqu’il était encore temps de nous léguer une planète vivable et belle », il serait souhaitable qu’une conscience « libre » apparaisse et qui pourrait se matérialiser par un hypothétique reproche de nos enfants: « Que faisiez-vous lorsqu’ils ont pris possession de l’informatique et de l’internet libre? ».

Ginklpios, qui vous souhaite la bienvenue dans le 3ième millénaire.

mardi 3 février 2009

Si ça ne coute rien, ça ne vaut rien.

Filed under: Geek,libre,NTIC,Reflexion — ginklpios @ 14:42
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Si ça ne coute rien, ça ne vaut rien.

Voila un adage assez bien ancré dans notre société. Mais méfions-nous des généralités. Il me semble que cela n’est généralement vrai que pour les plus de 40ans. Pourquoi?

J’ai eu accès à un ordinateur familial connecté au web aux environs de mes 15 ans. Qu’avais-je donc entre les mains? Un ordinateur muni d’un OS (windows 98 puis XP il me semble) et accompagné selon le bon vouloir de Médion (le constructeur de l’ordinateur) d’une suite de logiciel dont personne dans la famille n’aura jamais utilisé plus de la moitié.

Seulement, entendons-nous, pour un adolescent commençant à papillonner sur le web, on se sent rapidement à l’étroit dans cet OS certes joli et user-friendly, mais doté d’outils sous développés ou même dénué de possibilités pourtant bien utiles. Et c’est à ce moment qu’on découvre les télécharger.com et autres clubics. De vraies cavernes d’Ali-Baba. On y trouve pèle-mèle des « démos », des « partagiciels », des « gratuiciels » et même, quelques logiciels libres. Tout cela à portée de clicks. Sans débourser le moindre centime, on se met alors en quête de cet outil qui nous fera gagner 10 minutes par jour, de celui-ci qui nous permettra de faire un truc dément sur l’ordi (quoiqu’inutile). On fricotte alors avec les « gratuiciels », ceux qui vous donnent toutes les options sans pour autant se bloquer inéluctablement au bout de 30 jours. Parmi eux, les logiciels libres. On commence alors à se demander: « c’est quoi un logiciel libre? c’est quoi la différence avec l’autre logiciel totalement gratuit à côté? » On tombe alors sur des forums/blogs/sites qui vantent la toute puissance de ces logiciels. Et en découvrant enfin une vraie définition du logiciel libre, on en frissonne d’excitation tant ça vous titille la fibre révolutionnaire (n’oubliez pas que vous êtes dans la peau d’un ado ^^).

Bon, la plupart des gens de moins de 30 ans ne sont jamais allés jusqu’à la phase « logiciels libres », mais un certain nombre ont atteint la phase « gratuiciels ». Ils ne s’étonnent pas de trouver des webmails, youtube et autre facebook gratuits. Et encore mieux, youtube et facebook, c’est « méga cool », ça « pounz », ça « roxx », bref: c’est bien. Pour tous ces jeunes, qualité ne rime plus avec prix (au moins dans le domaine des logiciels).

Les gens de 40 ans et plus, eux, ont découvert l’ordinateur et internet alors qu’ils étaient déjà adultes, déjà formatés. Ils n’ont jamais été farfouillé dans télécharger.com. Ils ne savent même pas que ça existe. Pour eux, internet et l’informatique, c’est comme dans la vie réelle: si tu veux quelque chose, il va falloir le payer. Et les éditeurs de logiciel le leurs rendent bien. Au mieux, ils utilisent des logiciels qui ont été crackés par leurs enfants. Et si diantre ils utilisent les services gratuits genre msn, youtube ou facebook, ils savent bien que le prix n’est pas en € mais en publicité. Bref, pour eux, gratuité rime avec pub et un logiciel gratuit sans pub, ça doit être franchement nul et dans tous les cas, inutilisable.

Et là où le bât blesse, c’est lorsque l’on regarde les choses sont l’angle politique. On trouve deux générations qui pensent différemment. L’une est actuellement au pouvoir. L’autre est l’avenir de notre société. Et quand on en vient à devoir prendre des décisions sur l’informatique, c’est le point de vue périmé des décideurs qui prime encore. Tant et si bien que les jeunes s’y plient et même pire, l’adoptent. Or ce sont bien eux, les jeunes qui « ont raison ». La qualité en informatique n’a rien à voir avec le prix.

Ce problème est un des freins majeurs à l’adoption du logiciel libre. Il y a une fracture numérique. Mais plus que la fracture entre les équipés et les non-équipés ou encore entre les connectés au haut-débit et les non-connectés, je pense que c’est la fracture entre les « digital natives » et leurs parents qu’il est important de réparer. Parce que ce n’est pas 20 ans de retard (le temps que les quarantenaires aillent en retraite) que nous pourrions prendre, mais 10 à 20 ans de plus, à cause de la transmission de cette idée reçue dans le milieu professionnel notamment mais surtout politique, pour notre plus grand malheur.

Je pense donc qu’il faudrait éduquer pour une fois les anciens sur ce sujet. Faire changer les mentalités. Pour cela, il faut que ce savoir perce à travers les canaux de communication qui sauront les toucher: les anciens media: presse, radio, TV. Et pour cela, il faudrait une sorte de lobby, un organisme de communication émanent de la free culture pour transmettre la bonne parole et éduquer les journalistes qui feront alors leur travail et véhiculeront ce savoir à nos chéris anciens (them, who rule the world!).

Bon, je sais que tout cela doit vous paraitre bien étrange, mais je sens qu’un tel organisme (sous une forme pas forcément très conventionnelle) ne va pas tarder à prendre forme. Et je paris que ça va se passer outre-atlantique. Notre mission sera donc de relayer ce mouvement ici, en pays franc. Pays, qui a mon grand désespoir me parait dramatiquement hermétique aux bonnes idées anglo-saxonnes. Non, j’exagère, nous n’y sommes pas hermétiques. Disons plutôt que notre perméabilité laisse filtrer les idées avec 10 ans de retard…

Ginklpios qui sent, comme beaucoup que ça bouge au pays des hot-dogs.

PS: juste comme ça, il y a bien des gens qui paient dans le logiciel libre: quelques grosses entreprises et les disaines de milliers de contributeurs. Mais, étrange fait, les contributeurs ne paient ni en argent ni en pub, mais juste directement en travail. Hélas, je ne pense pas que ça fasse totalement plaisir aux capitalistes tout ça :p

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