Reflexio

vendredi 16 janvier 2009

La valeur de l’information

Filed under: Geek,libre,Polémique,Reflexion — ginklpios @ 23:59
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Dans le monde informatique plus que partout ailleurs, l’information est reine. Seulement, la valeur de cette information varie selon un certain nombre de paramètres: par exemple sa date de parution, son contexte, son auteur, son support, etc…

C’est à l’occasion de la lecture de la traduction d’un article paru dans le New York Times:Ubuntu dans le New York Times – Framablog que cela m’a paru important (d’ailleurs, j’ai posté quelques commentaires sous cet traduction).

En effet, étant un libriste convaincu, les allégations approximatives du journaliste sur Ubuntu, GNU/Linux et le logiciel libre m’ont interpelées (pour ne pas dire dérangées). En forçant légérement le trait, on pourrait dire que les développeurs de LL (logiciel libre) y sont décrits comme une horde de pirates à l’assaut du navire Microsoft, dirigé par un milliardaire-philanthrope-gourou au projet aussi dément qu’économiquement boiteux. Mais qu’il faut reconnaitre que bizarrement ça à l’air de marcher et que c’est notamment pour ça que moi, journaliste au NYT, j’en parle.

Donc voilà, déjà que je ne voyais plus depuis pas mal de temps la télévision comme une source fiable d’information, la plupart des medias mainstream (c’est-à-dire les canaux majeurs comme la TV, la radio, la presse) vont subir le même recul. Et je pense que c’est une évolution qui va prendre de l’importance avec l’émergence depuis quelques années de blogs d’experts. De plus en plus d’économistes par exemple publient leurs idées et réflexions sur leurs blogs. Quand deux infos, l’une provenant d’un journaliste d’un mainstream media et l’autre du blog d’un expert entrent en conflit, qui seriez-vous le plus prompt à croire?

Mais ce problème se pose jusque dans le sanctuaire de la connaissance: la science. Se voulant objective, elle se donne les moyens de vérifier ses information (publications revues par les pairs, bibliographie précise et omniprésente, précision des mesures, critiques statistiques, etc…). Cependant, nous en sommes tous les témoins, avant d’entrer dans le panthéon des théories reconnues, les études scientifiques sont souvent à la fois confirmées et contre-dites pendant parfois plusieurs décennies surtout quand des enjeux économiques sont de la partie. Un seul exemple: la polémique sur la dangerosité des téléphones portable. Mais on retrouve ce genre de controverses dans de nombreux domaines. Et dans un certains nombre de cas, les scientifiques eux-mêmes ont bien de mal à faire la part des choses.

Notre monde est de plus en plus dominé par l’informatique, et donc l’information. Dans ces conditions, moi qui suis encore dans le circuit scolaire, je pense qu’on n’apprend pas assez aux élèves (futurs actifs de la société) à exercer leur sens critique. Quand on entend tout ce que la télévision peut faire gober aux gens, c’est assez hallucinant (pour parler djeuns). Combien d’élèves ai-je entendu parler de la théorie de la sélection naturelle (darwinienne, comme elle est enseignée en 1ière S) comme d’une loi quasi-dogmatique, encore plus solide et inébranlable que la Bible elle-même! (Est-il nécessaire de rappeler qu’elle a été en partie remodelée depuis ce cher Darwin?)? Comment bâtir du solide sur des bases bancales? Comment s’y retrouver dans un monde croulant sous l’information avec le sens critique d’une huitre croissant sur les rocher d’Oléron (quel style! :s)?

Bref, tout ça pour dire que non, le logiciel libre n’est pas une secte dirigée par un St Ignucius – Stallman, soulevant des idées subversives anti-capitalistes; que votre voisin qui se rase pour partir au boulot en costard contribue peut-être à un projet de logiciel libre et que par dessus le marché (sic), nous ne voulons pas que Microsoft disparaisse mais seulement que chacun soit libre d’utiliser son outil informatique.

Ginklpios, qui s’est coupé les cheveux il y a bien 1 an et demi!

PS: Suite à l’article du Framablog, un contributeur à posté un message intéressant: selon lui, l’auteur de l’article lui a fait revêtir cet aspect parce qu’un tel sujet, peu connu du grand public ne peut être abordé que sous un angle démagogique. Pour ma part, je trouve cela réellement triste de devoir en arriver à ça pour parler d’un sujet qui n’est pas, je pense, si compliqué que cela. À croire que le grand public n’est qu’un résidu de troupeau de moutons motivés par leurs seuls instincts et pulsions consumméristes… Que le seul moyen de les atteindre et d’utiliser les voies affectives, de leur conter des histoires… Je vais finir par devenir anti-capitaliste si ça continue… Si c’est le prix à payer pour éveiller les consciences, ça en vaut peut-être le coup. Cependant, comme je l’ai écrit il y a pas mal de temps ici: les moutons se complaisent dans leur état et même une fois éveillés, il y en a, comme Cypher de Matrix qui ne veulent qu’une chose: retrouver la matrice/le troupeau pour perdre à nouveau la conscience.

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mardi 4 novembre 2008

Les structures arborescentes.

Filed under: Reflexion — ginklpios @ 22:03
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L’Homme a mis des millions d’années à sortir de sa caverne avec « des outils à la main » pour construire un environnement structuré ; il fit des routes, voies de communication, donnant naissance à de nouveaux « lieux de vie » que l’on nomma villes, villages, lieux-dits… Ces « Forums » furent structurés en « sous-lieux » d’échanges à travers la notion de Mairie, Librairie, Boulangerie, Boucherie, etc. À l’intérieur des bâtiments, l’homme créa la « science du bien vivre et de l’agencement » autour de l’architecture !… et il créa des objets arborescents pour structurer l’espace collectif et physique : la maison, l’étage, la cloison, la porte, l’armoire, l’étagère, le classeur, l’intercalaire, et la feuille de papier !

Cet extrait provient d’un billet d’Olivier Benoit, publié sur les-infostrateges.com sous licence Creative Commons.

J’ai été littéralement frappé par cette expression:  » il créa des objets arborescents « . Je n’avais tout bonnement jamais perçu l’espace qui nous entoure comme une structure arborescente alors qu’il en a toutes les caractéristiques, comme les répertoires d’un disque dur, comme notre système respiratoire, comme les branchies des poissons ou encore, tout simplement, comme les branches d’un arbre.

Et pour cause. Tous ces systèmes ont en commun d’être structurés pour la circulation. Dans le cas des villes et des maisons, ce sont nous et nos objets qui circulons; au niveau des systèmes biologiques, ce sont le gaz, le sang ou la sève. Et dans le cas des disques durs? Et bien cette arborescence permet de « cheminer » vers les données. Tous ces systèmes ont aussi en commun leur spatialité. C’est trivial pour les villes et les systèmes biologiques. Mais c’est aussi vrai pour un disque dur. Les dossiers sont imbriqués les uns dans les autres. (Si on oublie les raccourcis,) un fichier se trouve dans un dossier précis et pas dans le dossier d’à côté. Si on veut déplacer un fichier d’un dossier à un autre, en utilisant que l’explorateur de fichier, il faut suivre un chemin bien précis. De la même manière, une table est dans un pièce et pas dans celle d’à côté. Si l’on veut la déplacer dans une autre maison, il faut la sortir dans le couloir puis de la maison, peut-être de la ville etc…

En fait, les systèmes arborescent apparaissent comme la solution pour la circulation structurée d’objets dans l’espace.

Maintenant, si les disques durs sont des espaces structurés en arborescence, que sont donc les raccourcis? On rencontre un phénomène identique, homologue avec les liens hypertextes. En fait, ces liens sont une exploitation des propriétés intéressantes de l’information: facilement accessible, modifiable, copiable. Tandis que notre monde matériel interdit ce genre de téléportation, le monde virtuel nous autorise à nous téléporter de dossiers en dossiers puisque l’accès à l’information est facile. Changer de dossier revient seulement à demander au disque dur de nous fournir les informations contenue dans le dossier cible. Si on cherche une analogie, on pourrait dire qu’un télescope ou un microscope constituent des sortes de raccourcis. Ils permettent de percevoir des informations sur des lieux éloignés. Un télescope serait analogue à un raccourcis vers la « racine » d’un disque tandis qu’un microscope serait un raccourcis vers les « feuilles de l’arborescence ». Cependant, ce sont des outils de mesure limités. Ils ne captent que la lumière et perdent une certaine quantité d’information. Ce sont des raccourcis imparfaits.

Si ce type de structure est si performant, pourquoi diable des centaines de milliers de personnes s’acharnent à stocker de l’information dans des bases de données, ces tableaux tout plats, sans la moindre trace d’une structure arborescente? La réponse se trouve dans l’utilisation de l’information. Que fait-on des données stockées dans une base? on fait des recoupements, des tris, des regroupements afin d’en faire ressortir du sens. Mais ce faisant, on créé des rapprochements différents selon le traitement que l’on inflige à ces données. Tandis que dans le cas des structures arborescentes, ces rapprochements sont statiques, gravés dans l’arborescence elle-même. Dans le monde matériel, la structure arborescente s’impose d’elle-même puisque c’est la proximité spatiale qui va déterminer ces rapprochements. L’arborisation ne fait que cloisonner pour structurer. En revanche, dans le monde virtuel, celui de l’information, il ny’ a pas de cloison, pas de frontière. En fait, la structure arborescente d’un disque dur n’est qu’un artefact créé par les humains pour que les humains s’y retrouvent un peu. En réalité, dans un disque dur, les données d’un même dossier pourraient parfaitement être dispersées aux quatre coins de celui-ci (c’est d’ailleurs plus où moins le cas dans un disque géré par windows…).

Ok, mais où veux-tu en venir, ça nous amène à quoi tout ça?

Ben, en fait, à rien. M’enfin, si un jour vous découvrez un système virtuel arborescent, c’est soit qu’il a été créé pour être manipulé directement par un humain, soit que c’est un système de données à structure statique. Si ce n’est ni l’un ni l’autre alors vous pourrez parier que ce n’est pas une structure adaptée.

Ginklpios qui adorerait se téléporter à volonté… ah si seulement nous étions vraiment dans la matrice!

mardi 27 novembre 2007

La culture, ou comment l’homme s’extirpe de la nature.

Filed under: Reflexion — ginklpios @ 16:53
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Je vais choisir le point de vue éthologique (science qui s’intéresse aux comportements animaux) pour définir la culture: « tout comportement, habitude, savoir, système de sens (en anthropologie) appris par un individu biologique, transmis socialement et non par héritage génétique de l’espèce à laquelle appartient cet individu. » (source:wikipedia)

L’évolution « naturelle » des êtres vivants est essentiellement génétique (bien que des facteurs dits épigénétiques se laissent entrevoir par les scientifiques depuis peu). C’est donc une évolution relativement lente. Toutefois, depuis pratiquement les débuts de la vie, les êtres vivants ont mis en place des systèmes d’adaptation rapides. Les premiers sont attribuables aux bactéries qui peuvent par exemple adapter leur métabolisme à la source de nourriture présente dans le milieu. De manière générale, les êtres vivants ont développé ce genre de mécanismes: un système de perception qui envoie un message à un système qui réagit en réponse. On connait de tels mécanismes à différentes échelles: récepteur à protéine G, système hormonal, système nerveux. Bien que leurs paramètres varient, ces systèmes fonctionnent tous selon le schéma énoncé.

Le système à protéine G fonctionne à l’intérieur de nos cellules,tandis que les systèmes hormonaux et nerveux font partie des systèmes de communication intercellulaire. L’action du premier est lente et durable tandis que l’action du second est rapide mais plus temporaire et suppose la mise en place d’un réseau nerveux. Grâce à l’évolution génétique, les systèmes nerveux sont parvenus à stocker durablement de l’information. On appelle cela la mémoire. Ceci est un point primordial. En effet, la capacité des systèmes nerveux à enregistrer, stocker et lire de l’information n’est pas sans rappeler la fonction de l’ADN, des polymérases et des ribosomes.

Cependant, il y a une très grande différence entre les deux systèmes: l’enregistrement (et la modification) des informations stockées est orientée dans un réseau nerveux, tandis que la modification de l’information génétique est aveugle, dépendante du hasard. L’évolution des informations contenues dans un réseau nerveux peut donc être orientée et non laissée aux facéties du hasard. Le système nerveux permet aussi une très grande flexibilité alliée à une vitesse d’évolution particulièrement élevée.

Les animaux qui ont acquis de tels réseaux nerveux ont beaucoup gagné en adaptabilité et en vitesse d’adaptation. Mais les systèmes nerveux permettent encore plus que tout cela!

En effet, les informations y sont stockées de manière virtuelle, dont aisément multipliables (cela explique aussi pourquoi l’information nerveuse est modifiable aisément et rapidement). Recopier l’information dans un même cerveau est totalement inutile, en revanche, la recopier dans un autre cerveau est révolutionnaire!

C’est cet acte de transmission que l’on appelle culture. En passant d’un corps à l’autre, l’information culturelle s’affranchit des limites corporelles, celles de l’information génétique, celles de la nature. Elle devient potentiellement immortelle tout en conservant sa capacité à évoluer. Son évolution n’est conditionnée que par l’usage qui en est fait par les individus, qui dépend partiellement du reste de la culture. Il existe un théorie des mèmes qui décrit l’évolution de particules culturelles mais on s’éloigne de mon propos (qui est parti de loin tout de même 😉 ).

La culture, en évoluant a donné les moyens à l’homme de modifier ses caractéristiques physiques grâce aux outils. Nous sommes devenus des cyborgs. La culture a ainsi rajouté une dimension à notre évolution qui a gagné un rapidité mais qui est surtout orientée: à un problème, nous fournissons une solution testée virtuellement et donc déjà sélectionnée (plus ou moins bien… mais ceci est un autre débat). Aujourd’hui, à l’aide d’outils, la culture est parvenue à nous donner les moyens d’agir directement sur notre information génétique. Il se peut que demain elle nous permette de nous affranchir de notre « condition humaine » en nous fournissant des corps intégralement maitrisables de façon consciente ou encore des corps « immortels ».

Ginklpios, qui aime faire fonctionner ses neurones pour recopier, modifier et distribuer de l’information.

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