Reflexio

vendredi 11 avril 2008

Du non-sens de la propriété intellectuelle.

Filed under: Reflexion — ginklpios @ 17:15
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La propriété intellectuelle n’est qu’une tentative de transposition de la propriété matérielle aux objets non-matériels. Or les caractéristiques de ces objets sont totalement différentes.

Un objet matériel :

• existe à un endroit précis, défini à tout instant. De plus, il est plus ou moins difficilement transportable. Dans tous les cas, il faut une quantité d’énergie relativement proportionnelle à la distance à parcourir et au poids transporté.

• est difficilement copiable, reproductible. Pour cela, il en faut les plans et il faut des matières premières.

• est plus ou moins difficilement modifiable.

Un objet matériel peu donc faire l’objet d’une propriété puisque le changement des ses caractéristiques (tant intrinsèques – dimensions, état, fonction – que sa localisation) sont relativement difficiles à modifier.

En revanche, un objet immatériel est facilement copiable, transportable et modifiable. Pour faire ces trois opérations, il ne faut que peu d’énergie. Dans ce cadre, la propriété sur un objet immatériel dépend de l’énergie que l’on consacre à rendre cet objet non copiable, peu transportable et peu modifiable. La plupart du temps, le plus facile est tout simplement de ne pas diffuser l’objet.

Tandis que la propriété est facilement applicable au monde physique – on pourrait presque dire qu’elle en découle – ; la propriété n’est pas naturelle dans le monde virtuel. Pour la garantir, il faut lester l’information de toute une série de protection. D’où le problème actuel avec les P2P. Dans un monde qui tend toujours vers une mobilité accrue de l’information, la notion de propriété intellectuelle ne tient que derrière les remparts des DRMs et autres systèmes de protection.

Il me semble donc vain de continuer à baser notre production culturelle sur cette notion de propriété intellectuelle tout en augmentant toujours plus « notre connectivité » – notre pouvoir à s’échanger de l’information – . Pourtant, il faut garantir un pécule à tous les créateurs de culture. Comment faire quand le « cout de l’information » tend vers zéro ? Il va falloir y réfléchir, la vie des artistes, l’avenir de la culture en dépend !

Ginklpios, qui diffuse ses idées… gratuitement.

mardi 27 novembre 2007

La culture, ou comment l’homme s’extirpe de la nature.

Filed under: Reflexion — ginklpios @ 16:53
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Je vais choisir le point de vue éthologique (science qui s’intéresse aux comportements animaux) pour définir la culture: « tout comportement, habitude, savoir, système de sens (en anthropologie) appris par un individu biologique, transmis socialement et non par héritage génétique de l’espèce à laquelle appartient cet individu. » (source:wikipedia)

L’évolution « naturelle » des êtres vivants est essentiellement génétique (bien que des facteurs dits épigénétiques se laissent entrevoir par les scientifiques depuis peu). C’est donc une évolution relativement lente. Toutefois, depuis pratiquement les débuts de la vie, les êtres vivants ont mis en place des systèmes d’adaptation rapides. Les premiers sont attribuables aux bactéries qui peuvent par exemple adapter leur métabolisme à la source de nourriture présente dans le milieu. De manière générale, les êtres vivants ont développé ce genre de mécanismes: un système de perception qui envoie un message à un système qui réagit en réponse. On connait de tels mécanismes à différentes échelles: récepteur à protéine G, système hormonal, système nerveux. Bien que leurs paramètres varient, ces systèmes fonctionnent tous selon le schéma énoncé.

Le système à protéine G fonctionne à l’intérieur de nos cellules,tandis que les systèmes hormonaux et nerveux font partie des systèmes de communication intercellulaire. L’action du premier est lente et durable tandis que l’action du second est rapide mais plus temporaire et suppose la mise en place d’un réseau nerveux. Grâce à l’évolution génétique, les systèmes nerveux sont parvenus à stocker durablement de l’information. On appelle cela la mémoire. Ceci est un point primordial. En effet, la capacité des systèmes nerveux à enregistrer, stocker et lire de l’information n’est pas sans rappeler la fonction de l’ADN, des polymérases et des ribosomes.

Cependant, il y a une très grande différence entre les deux systèmes: l’enregistrement (et la modification) des informations stockées est orientée dans un réseau nerveux, tandis que la modification de l’information génétique est aveugle, dépendante du hasard. L’évolution des informations contenues dans un réseau nerveux peut donc être orientée et non laissée aux facéties du hasard. Le système nerveux permet aussi une très grande flexibilité alliée à une vitesse d’évolution particulièrement élevée.

Les animaux qui ont acquis de tels réseaux nerveux ont beaucoup gagné en adaptabilité et en vitesse d’adaptation. Mais les systèmes nerveux permettent encore plus que tout cela!

En effet, les informations y sont stockées de manière virtuelle, dont aisément multipliables (cela explique aussi pourquoi l’information nerveuse est modifiable aisément et rapidement). Recopier l’information dans un même cerveau est totalement inutile, en revanche, la recopier dans un autre cerveau est révolutionnaire!

C’est cet acte de transmission que l’on appelle culture. En passant d’un corps à l’autre, l’information culturelle s’affranchit des limites corporelles, celles de l’information génétique, celles de la nature. Elle devient potentiellement immortelle tout en conservant sa capacité à évoluer. Son évolution n’est conditionnée que par l’usage qui en est fait par les individus, qui dépend partiellement du reste de la culture. Il existe un théorie des mèmes qui décrit l’évolution de particules culturelles mais on s’éloigne de mon propos (qui est parti de loin tout de même 😉 ).

La culture, en évoluant a donné les moyens à l’homme de modifier ses caractéristiques physiques grâce aux outils. Nous sommes devenus des cyborgs. La culture a ainsi rajouté une dimension à notre évolution qui a gagné un rapidité mais qui est surtout orientée: à un problème, nous fournissons une solution testée virtuellement et donc déjà sélectionnée (plus ou moins bien… mais ceci est un autre débat). Aujourd’hui, à l’aide d’outils, la culture est parvenue à nous donner les moyens d’agir directement sur notre information génétique. Il se peut que demain elle nous permette de nous affranchir de notre « condition humaine » en nous fournissant des corps intégralement maitrisables de façon consciente ou encore des corps « immortels ».

Ginklpios, qui aime faire fonctionner ses neurones pour recopier, modifier et distribuer de l’information.

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