Reflexio

dimanche 8 mars 2009

À qui profite l’HADOPI?

Filed under: Polémique,Reflexion — ginklpios @ 1:43
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Grosse question! J’ai mené une petite enquête et voila ce qui en ressort:

Mélangez:

  • la video du chat organisé par 01Net entre J. Zimmermann et Olivier Henrard, conseiller juridique du ministère de la Culture qui nous dit texto que non, le projet de loi « Création et Internet » n’est pas là pour faire gagner plus d’argent aux Majors ou défendre les indépendants
  • La réflexion d’un internaute (Dalai-Lama, sur ecrans.fr (message #32, que je reporte également en fin d’article) qui nous dit, chiffres d’affaire de la SACEM à l’appui que le « piratage » profite bien aux artistes en France, (fait souligné par un certain nombre d’études scientifiques à l’étranger).
  • La tribune de Luc Besson sur lemonde.fr (un grand moment du web)

Et vous obtenez ceci: le projet « Création et Internet » n’est qu’une vaste mascarade consistant à stigmatiser toute une génération pour le seul plaisir de Luc besson.

Bon, en fait, j’en oublie quelques-uns (en fait, parce que je n’avais pas d’article sous la main qui souligne leur rôle dans cette drôlerie): les éditeurs de logiciels « mouchards » puisque le moyen officiel de garantie de ne pas se voir affliger d’une sanction par l’HADOPI sera d’acheter un logiciel privatif à un éditeur, logiciel qui se chargera de surveiller votre activité sur votre PC (et sans doute d’envoyer toutes ces infos à l’éditeur, ce sera écrit au beau milieu de « la licence que personne ne lit »). Bref, pour eux, HADOPI = jackpot puisque cela va leur ouvrir un nouveau marché à abonnement pour récupérer des données qu’ils pourront revendre à d’autres entreprises sur nos habitudes de surf, de téléchargement, de consommation culturelle, etc…. Ils auront le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière.

En conclusion, nous avons:

Internaute/Consommateur : -2 vs Artistes/Majors : -1 vs Luc Besson 🙂 vs Éditeurs de logiciels mouchards : 3.

« Éditeurs de logiciels mouchards » déclarés vainqueurs par K.O.

Ginklpios, élémentaire, mon cher DrWaston.


Chose promise, chose due: la copie du message sur le chiffre d’affaire de la SACEM:

lolotux a écrit:

Je tiens toujours à disposition les chiffres de la SACEM :
http://www.system-linux.net/SACEM/

Les chiffres sources :
http://www.sacem.fr/portailSacem/jsp/ep … p;offset=0

Merci pour ces liens, je me suis amusé a faire des calculs, en partant de 2000 jusqu’à 2007 (puisqu’avant on est en Francs et que j’ai la flemme de convertir en Euro).

En sachant que de 2000 à 2007 il y a eu une inflation de 13% (si je dis pas de bêtises).

Total des revenus de la SACEM :
2000 => 596 424 000€ (674 000 000€ en tenant compte de l’inflation)
2007 => 759 107 000€

Ce qui nous donne hors inflation une augmentation de 27%, et avec inflation de 12%.

Maintenant, si on regarde plus prêt d’où provient cet argent (les € en 2000 sont recalculés avec inflation):

Télé Public 2000 : 61 878 800€
Télé Public 2007 : 56 726 000€ => -9%

Télé Privé 2000 : 126 561 130€
Télé Privé 2007 : 145 443 000€ => +15%

Radio 2000 : 42 730 950€
Radio 2007 : 54 995 000€ => +28%

——————————————————————

Droit Phono, vidéo et multimédia 2000 : 126 895 610€
Droit Phono, vidéo et multimédia 2007 : 119 200 000€ => -6%

Copie Privé 2000 : 20 401 020€
Copie Privé 2007 : 51 511 000€ => +152%

Multimédia, téléchargement et Internet 2000 : 0€
Multimédia, téléchargement et Internet 2007 : 6 094 000€ => ?

Total pour CD, DVD, Multimédia , Téléchargements , et Internet
2000 : 147 296 630€
2007 : 176 805 000€ => +20%

——————————————————————-

SPECTACLES AVEC MUSIQUE VIVANTE OU ENREGISTREE :
2000 : 107 869 800€
2007 : 135 943 000€ => +26%

Cinema 2000 : 13 930 640€
Cinema 2007 : 15 769 000€ => +13%

LIEUX PUBLICS SONORISES 2000 : 78 493 190€
LIEUX PUBLICS SONORISES 2007 : 102 561 000€ => +30%

ETRANGER 2000 : 95 197 980€
ETRANGER 2007 : 70 865 000€ => -34%

——————————————————————–

Que peut-on constater de ces chiffres ?

Tout d’abord et c’est flagrant, la SACEM gagne plus d’argent depuis 7ans (même en tenant compte de l’inflation), ce qui veut dire que les auteurs touchent donc plus d’argent.

Ensuite concernant les baisses, celle de la télévision publique peut-être expliquée par l’augmentation de l’offre des télés privées (TNT / cable / Satellite) et donc une augmentation des droit perçu pour celles ci qui compense largement (+7% sur l’ensemble public + privé).

Par contre il y a effectivement une baisse sur les phono, vidéo et multimédia, donc une baisse des ventes de CD / DVD & Co (d’après ce que j’ai compris, c’est une somme prise sur les ventes de CD & Co, si c’est pas le cas merci de m’expliquer smile ).
Sauf que cette baisse de 7% est quasiment compensée par la nouveauté des offres multimédia / Internet, et ensuite littéralement explosée par la perception de la taxe copie privé qui elle augmente de +152%.
[Je reviendrais sur ce point à la fin du message]

La dernière baisse et la plus flagrante (-34%) est celle de l’étranger, que je ne peux pas expliquer, j’avoue ne pas y connaitre grand chose, si quelqu’un a une idée ?

Il n’y a pas d’autre baisse.

Concernant les hausses flagrante et intéressante, on peut noter une augmentation considérable de la taxe copie privée. Mais surtout forte augmentation sur les spectacles, le cinéma, la radio et les lieux publics.

Que peut-on en conclure ?

Au vu du fait que les années 2000 – 2007 on vu un essor grandissant du piratage, on pourrait au premier abord penser que ce piratage a freiné les ventes de CD & DVD et a été ainsi énormément néfaste à l’économie culturelle.
Sauf que dans le même temps, l’offre légal de téléchargement sur Internet c’est étoffée et a quasiment compensé ces pertes, ce qui est un transfert très simple de support de la musique (au même titre que la K7 vers le DVD).

Les gens ont eu énormément plus besoin de stocker les choses puisqu’ils piratent de plus en plus et donc de payer la taxe copie privée.
Ce qui au final revient à dire, que plus les gens piratent, plus les auteurs gagnent d’argent.

Et dernière conclusion, puisque le support dématérialisé n’apporte que la musique ou la vidéo, les gens cherchent de plus en plus à se rapprocher des artistes et a partager en public ces émotions. Et donc, vont de plus en plus dans les concerts ou au cinéma.

Non seulement le piratage favorise la culture (échange de biens cultures rapide et sur une population énorme), favorise le revenu des artistes (de part la taxe sur la copie privé qui pour le coût devrait plutôt être perçue comme une taxe pour rétribution des auteurs), et favorise les contacts le plus direct avec les artistes et les autres publics (cinéma et concerts).

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samedi 7 mars 2009

Prenez-nous pour des cons, prenez-nous pour des pirates!

Filed under: Polémique,Reflexion — ginklpios @ 16:59
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Tandis que sur la toile, la polémique autour du projet de loi « Création et internet » enfle de jours en jours, je manque de plus en plus régulièrement de m’étouffer devant certaines allégations…

Je ne prends pas la peine de vous rappeler le contexte en détails: un projet de loi anti-constitutionnel, tout à fait irréalisable sur le plan technique (et encore, c’est un euphémisme) et pourtant soutenu mordicus par une grande partie de la droite et quasiment ignoré par la gauche (qui a surement d’autres chats à fouetter que la liberté du peuple). Ah oui, j’oubliais: l’apathie exceptionnelle des médias mainstream qui ignorent littéralement la polémique.

Le projet de loi ignore la présomption d’innocence, puisque ce sera à vous de prouver votre innocence et non pas à l’HADOPI de prouver votre culpabilité; mais de toute façon, rappelons-le, l’HADOPI sera une instance ADMINISTRATIVE, et non JUDICIAIRE, habilitée à infliger des sanctions PÉNALE, alors, quitte à être anti-constitutionnel, soyons-le jusqu’au bout…

Mais, allons voir ce qui m’horripile autant: extraits d’une news Yahoo (ou comment cette députée nous prend pour des cons), je cite et commente:

  • « Une députée : « je trouve le texte parfaitement équilibré »
    Bon déjà elle commence très bien: elle met sur le même plan se faire couper Internet qui pour beaucoup signifie : pas de téléphone ni de télé, pas de possibilité de mettre à jour ses propres sites web (blogs par exemple), la restriction de l’accès à la culture (wikipedia et un nombre incalculable de sites d’informations), de l’accès aux réseaux sociaux, pas de possibilité du télétravail, pas d’accès à un grand nombre de télé-services de l’état (payer ses impôts, ameli.fr (le site de la sécurité sociale)). Cela signifie aussi, pas de mise à jour de son système d’exploitation, difficilement de nouveaux logiciels (et encore moins de support) avec le téléchargement et le partage d’œuvres culturelles. Je rêve.
  • « mais le débat sur ce texte va être un débat de communication. C’est celui qui va gagner la communication sur ce texte qui va l’emporter vis-à-vis de la population »
    Pour elle, pas de débats sur le fond, c’est un débat de communication, purement sur la forme. Ah oui, bravo, quand il n’y a AUCUN argument valable sur le fond, mieux vaut porter le débat sur la forme, ça c’est futé.
  •  » On va nous accuser d’être liberticide, que de toute façon, on est la droite, on est liberticide. »
    Alors là c’est du grand art: d’une part, elle pose les députés de droite en VICTIMES d’un procès morale par le peuple, mais d’autre part, elle prend le peuple, nous, pour des CONS! Pour des gens qui balancent des mots aussi chargés de sens que l’est le mot « liberticide » à tous bouts de champs, sans autre raison que parce que ce sont des députés de droite! Mais non madame! NON, nous n’employons pas le mot liberticide à la légère! Nous employons ce mot parce que ce projet de loi EST liberticide!
  • « Il faut bien voir dans l’ensemble du lobby que l’on reçoit, nos collègues reçoivent énormément de courriers via internet qui nous enjoignent à ne pas entrer dans processus ! »
    Bien, madame et pourquoi donc en faites-vous si peu de cas? Pourquoi semblez-vous ignorer tous les défauts de ce projet de loi? Avez-vous seulement lu ces mails?
  • « Il faut inverser la charge de la preuve : la liberté c’est le respect de la propriété intellectuelle, il faut rentrer dans ce langage inversé là, car les arguments techniques ne seront jamais relayés ». »
    Alors là, déjà, je ne comprends même pas la fin de la phrase: qu’est-ce que vient faire le mot « car » à ce niveau? Doit-on comprendre qu’il leur faut monter que « la liberté c’est le respect de la propriété intellectuelle » car, les arguments techniques (ceux qui disent que le projet de loi est tout-à-fait inapplicable?) ne seront pas relayés par les média?
    Mais passons: cette députée nous dis que « la liberté c’est le respect de la propriété intellectuelle ». Alors là madame, permettez-moi de vous dire que vous touchez le fond du problème. La société change, la propriété intellectuelle telle qu’elle est décrite dans le droit français d’aujourd’hui est devenue totalement inadaptée à la société d’aujourd’hui. Ce qu’il faut dès à présent faire, c’est commencer à réfléchir sur la réforme de la propriété intellectuelle, non dans le sens pris ces derniers temps (le rallongement des droits d’auteur jusqu’à presque 100 ans pour certaines œuvres) mais pour l’adapter à la société contemporaine!

J’aimerais bien savoir de qui sont ces paroles afin qu’elle puisse se défendre.

Mais de toute façon, tout est pour ainsi dire joué d’avance en ce qui concerne le vote des députés car de l’aveu même de certains acteurs de la polémique, celle-ci n’a jamais franchi les limites d’internet (quelle incidence du black-out du net sur Mme Michu?), les média mainstream ne se sont jamais réellement emparés du sujet et comme on vient de le voir, les députés sont totalement sourds à nos appels.

Le projet de loi va donc être bien voté. Et l’HADOPI d’être créée afin de commencer sa besogne.

Mais ensuite?

Ensuite, cela va dépendre de l’Europe. De nombreuses voix se sont déjà élevées au niveau européen pour dénoncer l’anti-constitutionnalité du projet de loi. Ainsi, une fois votée la loi pourra vraisemblablement faire l’objet d’un rappel à l’ordre de la France par l’Europe. N’étant pas juriste, j’ignore totalement comment cela se passe et quel est le pouvoir de l’Europe sur la France. Mais cela pourrait bien compromettre la survie de l’HADOPI.

En revanche, ce qui est tout à fait probable, ce sont les conséquences au niveau des français:

  • les « vrais pirates » vont utiliser les moyens de partage cryptés et autres méthodes pour contourner le filtrage
  • ils vont également multiplier les faux-positifs des systèmes de détection en répandant des fausses adresses IP (par exemple au niveau des trackers BT), comme les systèmes de détection ne vérifie pas l’effectivité du téléchargement, ce sont des milliers « d’innocents » qui vont recevoir les missives électroniques de l’HADOPI. Vous souvenez-vous des exemples incongrus des erreurs des radars automatiques? Multipliez cela par 100 ou 1000 et vous obtiendrez à peu près ce que l’HADOPI va provoquer. Mme Michu va alors prendre conscience du problème!
  • Pour une partie de la population, la rupture avec le monde politique est déjà consommée. Traiter les gens comme des cons et des pirates ne va faire qu’accentuer ce phénomène, surtout au niveau des jeunes électeurs.
  • L’image de l’industrie musicale, déjà entachée va prendre un coup supplémentaire, un certain nombre d’artistes vont être décrédibilisés pour leur soutient à cet initiative d’un autre âge.
  • Le « piratage », va être vu par tous les jeunes comme un acte de rébellion contre la société, les incitant encore plus à « pirater ».
  • Le partage de contenu « en face-à-face », via le prêt de disques-durs ou clé USB va se répandre; partage qui lui, est totalement incontrôlable.

Toute une génération va donc se placer en « porte-à-faux » par rapport à l’État et à l’industrie musicale. Ce ne sera bon pour personne. Cependant, cela pourrait vraisemblablement favoriser l’avènement d’une rupture brutale, seule façon connue par laquelle les français savent évoluer (Révolutions? Algérie? Mai 68?) à comparer à la méthode bien plus douce et progressive des anglo-saxons et qui verrait la mise en place d’un gouvernement nouveau (et muni des nouvelles valeurs de la société) et d’un paysage culturel et musical renouvelé.

Ginklpios, exaspéré par la façon française d’évoluer et le retard chronique français sur le monde anglo-saxon.

jeudi 5 mars 2009

Black-out du Net en France… HADOPI

Filed under: libre,NTIC,Polémique — ginklpios @ 18:13
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Bien que je suive cette actualité depuis le début, je n’ai pas revêtu de noir ce blog… en effet, être hébergé directement par wordpress ne laisse pas beaucoup de latitude. Cependant, je me suis enfin décider à agir en écrivant le présent article.

Loi « Création et Internet » (ne devrait-on pas dire: « Majors et Minitel 2.0 »???), aussi surnommée HADOPI, de l’acronyme désignant l’administration ainsi créée pour nous couper Internet, j’en ai déjà pas mal parlé ici. Vous pouvez rechercher les vieux articles qui en parlent ou directement aller sur le site la quadrature du net qui a lancé l’appel au black-out et maintient une vieille attentive sur le sujet.

Allé, si, je vous donne un lien vers un de mes billets précédents qui a pour avantage de vous guider vers un résumé et/ou une perspective globale de la situation, mais qui date un peu.

Et vive la France…

Ginklpios.

mercredi 11 février 2009

Faut qu’ça buzz => Votez pour (ou contre) la loi Hadopi

Filed under: Polémique — ginklpios @ 10:10
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Je relaie un appel pour sensibiliser nos députés sur les enjeux de la loi « Hadopi » qui sera votée au cours du mois de mars.

Pour cela, il suffit d’envoyer à votre député un mail sur le sujet. Un modèle est disponible sur l’article d’origine (sur ReadWriteWeb Fr), ainsi qu’un lien vers un wiki de la quadrature du net qui recense les adresses mail de nos députés.

Pour connaitre votre circonscription et votre député vous pouvez consulter ce moteur de recherche sur le site de l’assemblée nationale.

Ginklpios, qui espère que cette action ait une incidence sur le vote.

dimanche 8 février 2009

Ça change, bougeons.

Filed under: NTIC,Polémique,Reflexion — ginklpios @ 12:44
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J’introduis ce billet par une vidéo des plus intéressantes: une intervention de Serge Soudoplatoff, ça dure 45 minutes. Elle a été donnée le 4 juillet 2008 au CEDAP et est intitulée : « Comment Internet change nos organisations »

Via le framablog.

Ici, je voulais insérer une vidéo, mais 1é »§!:9_è de wordpress n’accepte que les vidéo de Youtube ou Dailymotion. Vivement que la video soit géré en natif par tous les navigateurs… (bon, au moins Firefox, Opéra et Safari alors…) Donc suivez le liens vers le framablog pour visionner la vidéo!

Entendons-nous bien, j’ai d’autant plus aimé cette intervention que son auteur a un œil critique sur notre beau pays.

Sa critique ratisse assez large (tout comme le reste de son intervention), avec des passages sur la sécurité sociale, sur l’innovation, l’entreprise, sur le monopole bancaire, et naturellement sur la politique du gouvernement sur internet (faut dire que ça, c’est pas difficile…). Et à chaque fois il faut bien dire que sa critique résonne plutôt bien en moi.

Donc voilà ce qu’il en ressort de mes réflexions politiques (qui sont apparues ces derniers mois; avant cela, je ne me sentais pas vraiment concerné par tout cela, malgré le fait que j’ai voté lors de l’élection présidentielle…). Je sais, ça n’a pas grand chose avoir avec la vidéo; et d’ailleurs ne lui associez pas mes commentaires! Mais voilà, ça m’inspire. Et d’abord j’écris ce que je veux sur mon blog! (En espérant ne pas finir en taule tout de même. Ça s’est vu il n’y a pas longtemps dans un pays qui me semble tout de même « civilisé »)

En France, on est face à une politique hybride, ou plutôt « à deux tranchants »: d’un côté on cherche a nous effrayer avec « l’insécurité » et les banlieues. On cherche à stigmatiser toute une génération on les traitant de « pirates » parce qu’ils ne sont pas satisfait de « l’offre culturelle » mise à disposition par les majors. On installe partout des camera de vidéo surveillance, des radars. Mais ceci n’est que la face visible de l’iceberg. Dans l’ombre, on trouve Edwige et les différents registres tenus par l’État et l’armée; on trouve la censure sur internet, camouflée derrière la bonne intention qui veut lutter contre la « pédophilie sur internet »; on trouve la surveillance sur les téléphones portables autant au niveau des conversation que de la localisation de l’abonné.

De l’autre côté on cherche à nous rassurer. On a ce président omniprésent qui semble vouloir s’occuper de tout. Il veut être partout, faire tout, et bien sur ramasser tout le mérite. Il veut nous rassurer sur l’économie, sur la sécurité, sur la culture, sur la « pédophilie sur internet ».

Mais le mal est fait pour tous ceux qui sont un tant soit peu attentifs. Car si le second tranchant est mis en avant, notamment au niveau des média mainstream, le premier tranchant n’en reste pas moins présent et visible, notamment sur les nouveaux média. Et toute la confiance qu’est censée apporter le second tranchant est largement perdue en amont à cause du premier tranchant. Et c’est dire que pour un gouvernement, la confiance est importante!

Avant, du temps où internet n’avais pas encore pris ce rôle de nouveau média, ce premier tranchant n’était que peu visible, seulement véhiculé par quelques titres de la presse. Désormais il existe une multitude de canaux parallèles qui véhiculent, commentent et débattent les actions gouvernementales et la situation du pays (les blogs notamment). Il est fini ce temps où contrôler les média signifiait plus ou moins contrôler l’opinion publique. Les gouvernements vont devoir faire preuve de plus de transparence car s’ils ne le font pas, d’autre s’en chargeront.

Pour conclure, je dirais qu’une révolution est en cours, portée par la révolution de l’information, portée par le web, porté par internet. Censurez internet et vous obtiendrez un immense pouvoir. Oh, mais n’est-ce pas ce que le gouvernement est en train d’essayer de faire?!? (heureusement que ça va être inefficace…) Oui, notre gouvernement est un gouvernement de l’ancien temps, du temps où si l’on ne souhaitait pas dormir, il fallait se réveiller de bon matin. Cela est désormais fini. Aujourd’hui, on peut découcher en allumant simplement son ordinateur pour explorer le WorldWideWeb. Fini le temps on l’on assistait, docilement et passivement (la TV, la RO Culture). Aujourd’hui, nous voulons et pouvons de plus en plus agir (les blogs, les forums, la RW – la free culture => cf. Lawrence Lessig). Il serait temps que le gouvernement se mette à l’article. Et tout d’un coup, les mots « démocratie participative » sonnent plus profondément, trouvent un nouvel écho insoupçonné. Je ne dis pas « votez à gauche ». D’ailleurs, Mme Royale est bien loin de faire l’unanimité à gauche! Non, je dis juste que son leitmotiv de « démocratie participative » semble curieusement dans l’air du temps. De plus, eut-elle été élue, cette « démocratie participative » aurait-elle tenue ses promesses? Je ne peux ni ne souhaite vous donner une quelconque réponse, et après tout là n’est pas le sujet. Je ne souhaite retenir que le concept, l’idée.

Bref, dans ce pays, on écoute trop les lobbys et pas assez les gens compétents (rien que la CNIL par exemple!) mais surtout, on n’écoute pas assez le peuple ou du moins, semble-t-il, croit-on encore pouvoir l’endormir sur tous les sujets…

Ginklpios qui se sent de plus en plus mal à son aise dans ce pays qui commence à être franchement sclérosé.

vendredi 16 janvier 2009

La valeur de l’information

Filed under: Geek,libre,Polémique,Reflexion — ginklpios @ 23:59
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Dans le monde informatique plus que partout ailleurs, l’information est reine. Seulement, la valeur de cette information varie selon un certain nombre de paramètres: par exemple sa date de parution, son contexte, son auteur, son support, etc…

C’est à l’occasion de la lecture de la traduction d’un article paru dans le New York Times:Ubuntu dans le New York Times – Framablog que cela m’a paru important (d’ailleurs, j’ai posté quelques commentaires sous cet traduction).

En effet, étant un libriste convaincu, les allégations approximatives du journaliste sur Ubuntu, GNU/Linux et le logiciel libre m’ont interpelées (pour ne pas dire dérangées). En forçant légérement le trait, on pourrait dire que les développeurs de LL (logiciel libre) y sont décrits comme une horde de pirates à l’assaut du navire Microsoft, dirigé par un milliardaire-philanthrope-gourou au projet aussi dément qu’économiquement boiteux. Mais qu’il faut reconnaitre que bizarrement ça à l’air de marcher et que c’est notamment pour ça que moi, journaliste au NYT, j’en parle.

Donc voilà, déjà que je ne voyais plus depuis pas mal de temps la télévision comme une source fiable d’information, la plupart des medias mainstream (c’est-à-dire les canaux majeurs comme la TV, la radio, la presse) vont subir le même recul. Et je pense que c’est une évolution qui va prendre de l’importance avec l’émergence depuis quelques années de blogs d’experts. De plus en plus d’économistes par exemple publient leurs idées et réflexions sur leurs blogs. Quand deux infos, l’une provenant d’un journaliste d’un mainstream media et l’autre du blog d’un expert entrent en conflit, qui seriez-vous le plus prompt à croire?

Mais ce problème se pose jusque dans le sanctuaire de la connaissance: la science. Se voulant objective, elle se donne les moyens de vérifier ses information (publications revues par les pairs, bibliographie précise et omniprésente, précision des mesures, critiques statistiques, etc…). Cependant, nous en sommes tous les témoins, avant d’entrer dans le panthéon des théories reconnues, les études scientifiques sont souvent à la fois confirmées et contre-dites pendant parfois plusieurs décennies surtout quand des enjeux économiques sont de la partie. Un seul exemple: la polémique sur la dangerosité des téléphones portable. Mais on retrouve ce genre de controverses dans de nombreux domaines. Et dans un certains nombre de cas, les scientifiques eux-mêmes ont bien de mal à faire la part des choses.

Notre monde est de plus en plus dominé par l’informatique, et donc l’information. Dans ces conditions, moi qui suis encore dans le circuit scolaire, je pense qu’on n’apprend pas assez aux élèves (futurs actifs de la société) à exercer leur sens critique. Quand on entend tout ce que la télévision peut faire gober aux gens, c’est assez hallucinant (pour parler djeuns). Combien d’élèves ai-je entendu parler de la théorie de la sélection naturelle (darwinienne, comme elle est enseignée en 1ière S) comme d’une loi quasi-dogmatique, encore plus solide et inébranlable que la Bible elle-même! (Est-il nécessaire de rappeler qu’elle a été en partie remodelée depuis ce cher Darwin?)? Comment bâtir du solide sur des bases bancales? Comment s’y retrouver dans un monde croulant sous l’information avec le sens critique d’une huitre croissant sur les rocher d’Oléron (quel style! :s)?

Bref, tout ça pour dire que non, le logiciel libre n’est pas une secte dirigée par un St Ignucius – Stallman, soulevant des idées subversives anti-capitalistes; que votre voisin qui se rase pour partir au boulot en costard contribue peut-être à un projet de logiciel libre et que par dessus le marché (sic), nous ne voulons pas que Microsoft disparaisse mais seulement que chacun soit libre d’utiliser son outil informatique.

Ginklpios, qui s’est coupé les cheveux il y a bien 1 an et demi!

PS: Suite à l’article du Framablog, un contributeur à posté un message intéressant: selon lui, l’auteur de l’article lui a fait revêtir cet aspect parce qu’un tel sujet, peu connu du grand public ne peut être abordé que sous un angle démagogique. Pour ma part, je trouve cela réellement triste de devoir en arriver à ça pour parler d’un sujet qui n’est pas, je pense, si compliqué que cela. À croire que le grand public n’est qu’un résidu de troupeau de moutons motivés par leurs seuls instincts et pulsions consumméristes… Que le seul moyen de les atteindre et d’utiliser les voies affectives, de leur conter des histoires… Je vais finir par devenir anti-capitaliste si ça continue… Si c’est le prix à payer pour éveiller les consciences, ça en vaut peut-être le coup. Cependant, comme je l’ai écrit il y a pas mal de temps ici: les moutons se complaisent dans leur état et même une fois éveillés, il y en a, comme Cypher de Matrix qui ne veulent qu’une chose: retrouver la matrice/le troupeau pour perdre à nouveau la conscience.

jeudi 1 janvier 2009

Rapport Hadopi: l’article ultime.

Filed under: NTIC,Polémique — ginklpios @ 20:57
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J’ai publié pas mal de billets sur le présent blog sur l’Hadopi. Ils tentaient d’expliquer mon point de vue. Ils étaient nourris de tous ce que je pouvais lire sur le sujet. Mais ils étaient subjectifs étant donné que ma flemmingite chronique m’empêche de faire l’effort (pourtant nécessaire) de citer mes sources. (Pour mémoire, ces billets sont: « J’ai honte d’être français« , « J’ai encore honte d’être français« et « J’ai honte d’être français, la nouvelle« .) Mais cet fois-ci, j’ai du matériel solide, un article qui cite ses sources: Rapport Hadopi : le piratage en ligne a détruit 10.000 emplois… fictifs ?.

[ À partir d’ici, je considère que vous avez lu l’article]

Comme vous avez sans doute pu le constater par vous-même, la lecture de l’article est presque marrante tant le Rapport Hadopi est un tissu d’allégations gratuites et injustifiées, une émanation directe des lobbies des industriels de la « culture ». Mais quand on y pense, cela n’a rien de marrant. Parce que ce texte va être ou a été distribué aux députés qu’il va lamentablement influencer afin qu’ils laissent passer ce projet liberticide. Et parce qu’il met en lumière une vérité qu’un certain nombre d’entre nous ne veut pas voir: le but du gouvernement n’est pas de servir l’intérêt des français. Que ce soit consciemment ou pas, avec profit ou pas, Christine Albanel ne sert pas les intérêts de la nation, mais ceux des majors de l’industrie « culturelle ».

Alors bien sur, je généralise quand je parle du gouvernement. L’exemple seul ne prouve rien (seul le contre-exemple le peut). Ce n’est pas parce que sur ce sujet là le gouvernement est corrompu qu’il l’est sur tous les sujets. Le problème c’est que des lobbies défendant les intérêts des industries il y en a pour toutes les industries. Et qu’il n’y a aucune raison de penser que ce que certains lobbies peuvent faire dans un domaine, d’atres lobbies ne peuvent pas le faire dans leur propre domaine. En clair, il n’est pas stupide de penser que la majeure part du gouvernement soit à la solde d’industriels.

Bref, faut peut-être que j’arrête là ma réflexion. Je ne sais pas pour combien de temps la liberté d’expression va rester à peu près respectée dans ce bon pays qu’est la France. Et je ne voudrais pas faire un mauvais rêve.

Ginklpios, qui va allumer une veilleuse pour ne pas cauchemarder.

jeudi 20 novembre 2008

Le P2P, « l’industrie culturelle » et le gouvernement.

Ce soir, j’ai envie de manifester mon avis sur ce thème très polémique ces derniers temps, au point que les candidats au secrétariat du PS se doivent d’en parler dans leurs motions

L’état des choses: le gouvernement veut faire passer une loi instaurant ce que l’on appelle la riposte graduée: effrayer l’internaute moyen en le menaçant de lui couper son accès à internet s’il continue à télécharger. Deux avertissements, au troisième message, le couperet tombe. Une politique de la peur, qui diabolise le consommateur…

Pour ou contre? Pas mal d’arguments des deux côtés, chiffres et études scientifiques à l’appui. Il se dit un peu tout et n’importe quoi d’ailleurs. Mais mon exposé ne porte même pas là-dessus.

Une alternative? La licence globale: comme la redevance TV: chaque abonné paie une « cotisation », le tout partagé entre les différents acteurs de la culture. Là aussi, pas mal de débats.

Mais je vous avouerais que mon objet ne porte pas non plus sur ce point.

Pour plus de détails, vous n’avez qu’à rechercher « Hadopi » ou « riposte graduée », le net regorge d’avis divers et variés sur le sujet. Sinon, j’ai aussi écrit deux, trois trucs là dessus mais ils sont engagés…

Edit: un dossier complet sur l’hadopi par PCinpact. Incontournable si vous n’avez pas suivi l’intrigue depuis le début!

Mais, entrons dans le vif du sujet. Mon objet, c’est cette société de consommation, et le débat qui règne sur le P2P actuellement ne fait que remonter à la surface les mécanique cachées qui dirigent notre société.

Je vais à n’en point douter paraitre très naïf aux plus aguerris d’entre vous, mais je suis jeune et je viens d’ouvrir les yeux. Je m’en excuse par avance.

Pour comprendre un phénomène, il n’y a qu’une seule voie: la découverte de ses principes sous-jacents. En physiques, on appelle cela des lois. Dans le cas présent de notre société de consommation, de notre toute puissante (ou pas) économie de marché, ces principes sous-jacents, ce sont ceux qui animent les organismes. Ici, les protagonistes sont: le gouvernement, les industriels, les lobbys. Pour simplifier, on considèrera que les lobbys ne sont que l’expression des vœux de l’industrie. On a donc deux protagonistes. Ces deux acteurs sont des organisations, i.e. des réunions de personnes. Les principes qui animent ces organisations proviennent de deux origines: les individus qui la composent mais aussi, il ne faut pas l’oublier, l’organisation en elle-même. On ne peut réduire une organisation à la somme de ses composants. Il existe des phénomènes qui émergent des interactions entre les individus au sein de ces organisations. Voila donc le décor planté.

Trivial de constater que ces deux protagonistes, avec leurs centaines d’organisations et leurs milliers d’individus en interaction sont des phénomènes très complexes. Je n’essaierais donc pas d’être exhaustif, même pas un peu, surtout dans les quelques centaines de mots qui vont composer cet article. Mon but sera seulement de mettre en lumière les traits les plus gros, qui a eux seuls me semblent capable d’expliquer certaines des plus grosses tendances.

En effet, nombre de débats se font sur la surface, avec des nombres qui ne veulent rien dire, quand il ne sont pas arbitraires voire même totalement bidouillés. Après tout savoir si « l’industrie culturelle » est en faillite ou pas n’a pas vraiment d’intérêt à part pour les actionnaires. Ce qui est intéressant, ce n’est pas l’information qu’on nous livre par les prismes tous plus déformants des différents medias sources ou même des lobbys; non, ce qui est intéressant, c’est d’essayer de tirer de tout cet intox, de toute cette « junk-information » (pardonnez-moi ce néologisme, mais il a l’intérêt d’être clair), les motivations sous-jacentes des différents acteurs.

C’est donc à partir d’ici, lecteur, que je m’engage réellement, que je te livre mon avis sur tout ça.

Tout d’abord, les industriels (et donc les lobbys des industriels): ce qui leur importe, ce sont les chiffres qui seront imprimés sur leurs fiches de paie des mois prochains, donc par extension le bénéfice de leur entreprise. Certains de ces individus sont surement remplis de bons sentiments, cependant, au niveau de l’organisation, il n’en subsiste plus qu’un: l’appât du gain. Or, leur fond de commerce, c’est la vente de supports (matériels) avec de la culture dessus. Sauf que ces gens là on loupé la révolution de l’informatique (c’est pourtant pas un secret…). Ils n’ont pas remarqué que l’informatique permet de manipuler très aisément et rapidement l’information. Or, la culture c’est quoi? De l’information avec une valeur ajoutée: de l’information culturelle. Mais ça reste de l’information. A partir de là, ça reste aisément manipulable par l’informatique. Et c’est là que le bât blesse. Le fond de commerce de ces gens là repose bien sur le support, pas sur l’information. Comme l’eau minérale. On ne vous vend pas l’eau, bien commun à tous les français en France; on vous vend une bouteille, un package, un service. Que l’eau minérale se mette à couler au robinet et s’en est fini de l’industrie de l’eau minérale. C’est exactement ce qui est en train de se dérouler pour « l’industrie culturelle ». Certes, c’est elle qui produit « l’eau minérale », mais leur business model qui reposait sur la vente de bouteilles se fait couper l’herbe sous le pied par les toutes nouvelles canalisations (internet et le P2P). Et ces cons là, ben soit ils l’ont pas vue cette révolution, soit il faut croire qu’ils partagent un bon paquet de gènes avec les Autruches

Du coup, réaction primitive: on protège ce qu’on a. On cherche par tous les moyens à protéger son fond de commerce. Voila ce que fait en ce moment « l’industrie culturelle » toute entière: sauver les bouteilles, parce que s’ils n’en vendent plus, étant donné qu’ils ne sont pas foutus de s’adapter, ils vont disparaitre. Mais là où c’est pas cool, c’est qu’au niveau de telles organisations, il n’y a que l’appât du gain, pas de souci de morale. Je dis pas que c’est une mafia; mais avec de tels intérêts financiers, il y a forcément des opérations troubles qui se cachent derrière les agissements publics. Des accords financiers plus ou moins officiels, de la corruption plus ou moins visible envers les détenteurs du pouvoir. Et ici, le pouvoir, c’est le gouvernement.

Voila donc le décor: de nouvelles canalisations, des industriels qui veulent vendre des bouteilles et un gouvernement qui peut agir sur les canalisations. Et cela donne quoi? Vous l’avez dans le mil: la riposte graduée, le projet Hadopi etc…

Maintenant, étudions cet acteur qu’est le gouvernement: il détient le pouvoir législatif. Il est censé définir un certain nombre de relation entre les éléments de la société: individus et organismes. D’un côté des vendeurs de bouteilles, de l’autre des consommateurs qui, d’un point de vue financier ont plutôt intérêt à se servir au robinet. Le gouvernement doit en théorie rechercher le meilleur compromis entre les deux côtés. Cependant, d’un côté il y a de puissants intérêts financiers qui impliquent de larges organisations et de l’autre, les consommateurs, la foule atomisée, très peu organisée. Les lobbys industriels dotés de moyens puissant appuient fortement sur le détenteur du pouvoir tout en tentant de se faire une bonne image auprès du public. De l’autre côté: quelques citoyens éparses mais conscient des enjeux et quelques organismes (associations par exemples) aux moyens assez faibles.

Voila donc le gouvernement comprimé entre les lobbys industriels et la mission première de l’état qui reste de garantir les libertés de ses citoyens. Et c’est là que ça craint: ce gouvernement semble céder aux pressions des lobbys et n’hésite pas à renoncer aux libertés de ses citoyens. Et je trouve ça vraiment dégueulasse. Au final, si ce gouvernement persiste et signe, ce seront bien les industriels, ces entreprises qui ont raté le coche de la révolution informatique qui auront gagné. Ils pourront continuer à survivre quelques temps (l’économie de marché, comme le monde vivant , est impitoyable; le plus adapté survit surtout quand la pression de sélection est importante… comme en ces temps de crise) , mais à quel prix? Au prix du sacrifice de certaines libertés des citoyens français!

Cependant, rassurons-nous. Ils auront gagné une victoire mais pas la guerre. Car ils sous-estiment largement la flexibilité du réseau des canalisations. Leur politique de la menace, de la peur ne pourra contraindre l’extraordinaire force de ce que l’on nomme l’internet. Les robinets ne sont pas prêts de s’arrêter de couler!

Voila. J’espère ne pas vous avoir ennuyé avec des banalités. Mais je suis jeune et révolté.

Ginklpios, qui boit son eau au robinet.

vendredi 26 septembre 2008

Un rien d’économie et de politique.

Filed under: Polémique — ginklpios @ 19:19
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Il y a presque un an et demi maintenant, alors que la crise des subprimes pointait le bout de son nez, je lisais je ne sais plus où qu’un célèbre économiste annonçait une très grosse crise dans les quelques mois à venir. Que la petite crise des subprimes n’était que le prémisse d’un gros bon krach boursier. A l’époque, je n’avais aucune notion d’économie – ou presque –  mais je me disais qu’une telle crise pourrait bien survenir.

Ce matin, en amphi, voilà que ma prof d’éco annonce, presque excitée, que nous nous apprêtons en effet à vivre un krach boursier. Pas de chance, Sarko, ton mandat tombe mal…

Ce qui m’étonne, c’est que ces crises semblent presque prévisibles… mais les mécaniques boursières et tout leur environnement politique sont si lentes que même en prenant conscience de l’imminence d’une crise 2 ans auparavant, la crise en elle-même semble inéluctable!

Dans le même registre, ma prof nous explique que la politique agricole commune (PAC) de l’union européenne prends exactement la même direction que celle des États-Unis, … il y a presque une dizaine d’années! Jusque là, tout va encore bien. M’enfin, quand on sait ce qui s’est passé aux US depuis en matière d’agriculture! En effet, après avoir ouvert leur marché agricole et avoir supprimé les primes couplées (c’est-à-dire les primes proportionnelles à la production, qu’on peut opposer aux primes découplées, indépendantes de toute production), ils font à présent mouvement arrière pour refaire une santé à leur agriculture. Et là, on se demande: c’est moi ou nos politiques nous font foncer droit dans le même mur que celui qu’ont heurté les US?

Ensuite, y’a les agissement du FMI (Fond Monnétaire International) et de la banque mondiale qui foutent en l’air l’économie des pays pauvres avec des objectifs affichés qui semblent diverger serieusement des objectifs sous-jacents (ceux du G8?).

Bref, là je m’engage, mais il me semble que la mondialisation est très mal foutue… et c’est qui qui paie? (Qui a dit: « ceux qui souffraient déjà »???)

PS: Parce que je suis aussi un geek: à quand l’éclatement de la bulle « web 2.0 »?

PPS: Je vous ai déjà dit qu’on était entrés dans la 6ième extinction massive la vie sur Terre (la 5ième étant celle qui a fait disparaître les dinosaures)? Et devinez qui en est la source: oui, vous avez bien deviné, c’est nous!

Ginklpios, un peu désabusé en matière de politique, ces derniers temps!

dimanche 21 septembre 2008

OGM : FANTASMES ET REALITES – Le point de vue d’un généticien

Filed under: Polémique — ginklpios @ 21:19
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Bonsoir à tous,

Je suis tombé sur un très bon article à propos de la polémique actuelle sur les OGM. Le texte étant sous licence creative commons, je me permets de publier ici l’ensemble du texte. (Source, il existe une version en pdf téléchargeable sur la page source)

Depuis plus de dix ans, les OGM sont au centre d’une controverse qui n’est ni des plus claires, ni des plus sereines et cet état de choses a plutôt tendance à s’aggraver au fil du temps. Ce qui était au départ un simple débat a pris des allures de polémique, pour ne pas dire plus.

Une première condition indispensable pour qui veut tenter de clarifier les choses est de dissocier deux aspects très différents de cette question, l’un relevant du domaine scientifique, l’autre de questionnements socio-économiques et éthiques.

  1. L’aspect scientifique comporte lui-même deux volets. Le premier relève directement de la génétique : les OGM représentent-ils quelque chose de radicalement nouveau dans le monde vivant ? L’autre concerne leurs risques et avantages éventuels.
  2. L’aspect socio-économique peut se résumer en une question : les OGM, au bénéfice de qui ? Mais cette question en cache une autre, bien plus cruciale : faut-il accepter la privatisation du patrimoine génétique des êtres vivants ?

Ces deux aspects sont constamment amalgamés dans le débat public. La distinction entre eux est pourtant essentielle car ils peuvent conduire à des prises de position très différentes.

Qu’est-ce qu’un OGM ?

Le sigle OGM signifie « Organisme Génétiquement Modifié ». On entend par là un type de modification qui consiste à insérer, dans les chromosomes d’une espèce vivante, une molécule d’ADN[1] étrangère. Cette opération est possible grâce à des enzymes qui permettent de couper et de ligaturer avec précision des filaments d’ADN. La molécule insérée peut soit correspondre à un ou plusieurs gènes qui apportent de nouvelles fonctions à l’hôte soit, au contraire, aller bloquer le fonctionnement d’un gène donc supprimer une fonction indésirable. Cette opération entre dans le cadre du génie génétique, on parle de transgénèse. L’organisme ainsi modifié est dit transgénique. Le ou les gènes transférés peuvent provenir d’un autre individu de la même espèce, d’une autre espèce ou même d’un autre type d’organisme. Ainsi un gène de bactérie peut être transféré dans un animal ou dans une plante et réciproquement.

Ici nous parlerons surtout des plantes génétiquement modifiées (PGM), puisque ce sont elles qui sont au centre de la controverse.

Avant de disposer de cette technologie, comment procédaient les agriculteurs, et les chercheurs en amélioration des plantes, pour augmenter les qualités agronomiques des plantes cultivées ? La première méthode, probablement utilisée dès les débuts de l’agriculture, est une sélection très empirique : dans un champ, on choisit les plants qui présentent la meilleure qualité et on s’en sert pour obtenir les semences de la génération suivante. Depuis le début du XXe siècle on utilise des méthodes plus sophistiquées : production de mutations au hasard avec des agents mutagènes chimiques ou physiques (certaines radiations) ; croisements avec d’autres variétés ou espèces voisines pour introduire des gènes intéressants (de résistance aux maladies par exemple). Cette dernière méthode était la plus utilisée jusqu’à ces dernières années. Il s’agit donc bien de créer des plantes génétiquement modifiées, mais avec des méthodes dites « classiques », bien qu’elles ne se contentent pas toujours d’imiter des voies naturelles. Certaines font appel à des techniques élaborées (la mutagénèse notamment).

Pour un chercheur en amélioration des plantes la transgénèse a l’avantage :

  1. d’être plus rapide et plus ciblée que les techniques antérieures. On peut introduire un seul gène dans un génome au lieu de centaines, plus ou moins au hasard, avec des caractères non souhaités, comme c’est le cas avec un croisement ;
  2. de rendre possible le transfert de gènes entre organismes très différents, par exemple d’une bactérie vers une plante, ce qui est évidemment impossible par croisement.

La transgénèse et les techniques traditionnelles de croisement ne s’excluent pas ; dans certains cas, elles sont même très complémentaires.

L’Homme et la Nature

Les principales inquiétudes exprimées sur les plantes transgéniques sont liées à la technologie elle-même, qui est perçue comme radicalement différente des méthodes classiques de sélection. On lui oppose deux grandes objections.

La première objection est qu’elle ne respecte pas la « barrière d’espèce » puisqu’elle permet des échanges génétiques entre espèces différentes, transgressant ainsi une loi fondamentale de la nature, une sorte de tabou mystique. C’est le mythe de l’apprenti sorcier ou du savant fou, qui motive une hostilité de principe aux PGM chez beaucoup d’opposants.

On retrouve là un très ancien penchant à la sacralisation du ‘naturel’, assez largement répandu, qui va de pair avec la croyance que « c’est naturel donc c’est bon ». Sous-entendu : ce que fait l’homme est artificiel donc mauvais. Dans cette logique, il faut alors admettre qu’il n’y a jamais eu grand-chose de bon pour les humains depuis les temps lointains où ils se sont mis à tailler des pierres pour en faire des outils. Est-il naturel d’habiter dans des maisons et d’utiliser l’électricité ou la voiture ? Cette sacralisation du naturel va de pair avec le vieux mythe de la « Mère Nature », peut-être très poétique, mais pas du tout réaliste. Les actes de férocité et les poisons abondent dans le monde vivant.
Cette inquiétude sur le tabou de la « barrière d’espèce » n’est pas nouvelle, elle avait été émise et débattue par les chercheurs eux-mêmes entre les années 1974 et 76, dès que les techniques de génie génétique ont été mises au point et utilisées comme outils de recherche en laboratoire. Elle les a même amenés à décider d’un moratoire de près de 2 ans sur ce type d’expérience.
Depuis cette époque, la génétique nous a appris que les transferts de gènes interspécifiques existent bel et bien dans les conditions naturelles. Ce processus est appelé « transfert horizontal », par opposition au transfert vertical, qui se fait d’une génération à l’autre par la reproduction sexuée. Sa fréquence est faible, mais vu la durée de l’évolution biologique, son accumulation au fil des âges a due être considérable.
C’est maintenant un fait bien acquis, tous les êtres vivants de notre planète sont le résultat d’une évolution de plus de 3 milliards d’années où se sont produits des échanges génétiques de toutes sortes entre espèces et entre organismes très différents. Ceux qui apportaient une innovation avantageuse ont été favorisés par le jeu de la sélection naturelle et se sont perpétués au fil de l’évolution. La question que se posent maintenant les évolutionnistes est celle de l’impact de ces transferts sur le déroulement du processus évolutif : négligeable ou essentiel ? A suivre.
Mais la transgénèse naturelle (ou spontanée) ne se produit pas uniquement de façon sporadique au fil des âges géologiques. Pour certains organismes, elle fait partie intégrante de leur mode de vie.

  • Chez les bactéries, elle est monnaie courante et permet le transfert, entre espèces très différentes, des gènes de résistance aux antibiotiques.
  • Certaines espèces bactériennes vont systématiquement insérer un petit groupe de leurs gènes, porté par un élément mobile (voir note 2), dans les chromosomes des plantes qu’elles infectent, amenant celles-ci à synthétiser des produits dont elles se nourrissent. Le mécanisme de cette transgénèse spontanée a d’ailleurs été utilisé par les chercheurs pour mettre au point la technologie des PGM.
  • Pour certaines familles de virus, dont les « rétrovirus » (le plus connu est le virus du SIDA, mais d’autres sont inoffensifs), l’insertion de leur génome dans les chromosomes de l’organisme infecté est une étape obligatoire de leur reproduction. C’est là aussi une transgénèse tout à fait spontanée. Des dérivés de ces virus ont été les premiers outils utilisés pour les essais de thérapie génique.
  • Une fois inséré dans un chromosome, le génome du rétrovirus peut se reproduire. Il peut alors arriver qu’un génome ’fils’ incorpore accidentellement un gène de la cellule hôte, il sera devenu transgénique. Lorsqu’il infectera des cellules d’un nouvel hôte, il apportera avec lui ce gène qui se retrouvera alors en surnombre. Si le rôle normal du gène en question est de contrôler la reproduction des cellules, ce surnombre pourra entraîner des divisions cellulaires anarchiques et aboutir à un cancer. On a donc là une double transgénèse, du virus et de l’hôte. C’est par ce mécanisme qu’un certain nombre de rétrovirus des oiseaux et des mammifères sont devenus cancérogènes.

Une telle manipulation serait absolument interdite en laboratoire. La transgénèse spontanée est du génie génétique « sauvage », personne n’en contrôle ni le mécanisme, ni les effets. Seul joue le hasard, qui ne connaît pas le principe de précaution !
Bref, tous les organismes du monde vivant, depuis les virus jusqu’à l’homme, sont le siège de génie génétique naturel. Ce fut une grande surprise pour les généticiens de découvrir, depuis la fin des années 70, que les génomes sont capables d’une grande plasticité. Cette découverte a conduit à une véritable rupture conceptuelle avec la vision fixiste héritée de la première moitié du XXe siècle.
«L’œuvre d’apprenti sorcier » n’est donc qu’une utilisation par les humains de mécanismes aussi anciens que le monde vivant. Précautions en plus !

La seconde objection faite à la transgénèse est que cette technologie est, en partie, aléatoire. L’insertion sur les chromosomes du gène transféré se fait au hasard et peut donc perturber le fonctionnement d’autres gènes. C’est vrai, mais pas vraiment gênant chez les plantes car on peut faire tous les contrôles nécessaires, sanitaires, écologiques et autres, sur une nouvelle variété avant de l’utiliser en agriculture. Nous venons d’ailleurs de voir que la transgénèse spontanée opérée par les rétrovirus est au moins aussi aléatoire. Ce qui n’est jamais dit par contre, et qui est pourtant connu depuis trente ans, c’est que par un simple croisement entre variétés d’une même espèce, on peut déclencher des perturbations génétiques bien plus importantes[2], comme par exemple des cassures et des pertes de chromosomes.

Enfin, il faut savoir qu’il se produit spontanément dans la nature des transferts génétiques bien plus conséquents que la simple transgénèse. Beaucoup de plantes, sauvages ou cultivées, sont nées de l’addition des génomes de deux ou trois espèces différentes, bien qu’assez proches. Dans ces cas-là, ce ne sont pas 2 ou 3 gènes d’une espèce qui sont transférés dans une autre, mais tous les chromosomes, c’est à dire des milliers de gènes. C’est le cas par exemple du blé et du colza. Le blé tendre cumule les génomes de trois espèces différentes. Le colza cumule les génomes du chou et du navet. Ces « fusions génomiques » se sont produites il y a des milliers d’années. L’homme n’y est pour rien, il a simplement choisi de cultiver ces espèces parce qu’elles présentaient un intérêt alimentaire. Là encore, la nature a franchi allègrement la barrière d’espèce. Les chercheurs savent, depuis le début du XXe siècle, reproduire ce type de phénomène pour créer de nouvelles espèces d’intérêt agronomique.

L’utilisation médicale des OGM montre bien que privilégier le naturel par rapport aux oeuvres humaines n’est pas justifié. Depuis plus de 20 ans, on fait synthétiser par des microorganismes transgéniques, bactéries ou levures, des molécules à usage médical. On dispose ainsi d’une insuline très pure, de facteurs de coagulation sanguine, d’un vaccin contre l’hépatite B et de l’hormone de croissance. Cette dernière est un très bon exemple. Jusqu’à la fin des années 80, les enfants atteints de nanisme étaient traités par des hormones préparées à partir d’hypophyses humaines. On a ainsi transmis à certains d’entre eux la maladie de Creutzfeldt-Jakob, l’équivalent humain de la vache folle. En 2007, on avait enregistré chez ces patients plus de 100 décès en France (chiffre non définitif car cette maladie est à évolution très lente). Dans tous les pays, depuis 1988, on traite ces enfants par de l’hormone produite par génie génétique, beaucoup plus pure et il n’y a plus de problème. On a une situation analogue pour les facteurs de coagulation, qui évitent maintenant aux hémophiles des transfusions risquées.
Ces microorganismes génétiquement modifiés constituent donc un progrès médical incontestable même s’il est limité, car il n’est pas possible de produire n’importe quelle protéine humaine par cette voie. L’utilisation de ces OGM est d’ailleurs bien acceptée maintenant.

Les risques et avantages possibles sur les plans écologiques et sanitaires.

La controverse sur les risques biologiques des plantes transgéniques est un sujet complexe qui nécessiterait un livre à lui seul, d’autant plus que les risques et avantages doivent être discutés au cas par cas, chaque PGM étant particulier.
Contrairement à des affirmations très répandues, ces questions sont l’objet, depuis une dizaine d’années, de multiples recherches dans le monde. On peut recenser, de 2000 à 2007, près de 8000 publications scientifiques et rapports d’organismes officiels sur les impacts agronomiques, écologiques et sanitaires des plantes transgéniques.
Nous nous limiterons aux risques les plus souvent invoqués et les plus crédibles, en signalant au passage quelques avantages parmi les mieux étudiés[3]. Nous laisserons de côté certaines craintes trop fantasmatiques[4]. Il ne faudra pas s’étonner de trouver ici des éléments de réflexion ou d’information qui n’apparaissent jamais dans la plupart des media. L’information scientifique n’est pas toujours leur premier souci.
D’abord une remarque d’ordre général. Dans toutes les activités humaines, un risque n’est jamais considéré isolément mais toujours en balance avec les avantages. C’est, entre autres, parce que les consommateurs en France ne voient pas bien quels avantages les plantes transgéniques leur apporteront qu’ils sont aussi sensibles aux risques éventuels. On admet sans problème de risquer sa vie en voiture parce qu’il est devenu difficile de se passer de véhicule. De même, certains qui sont opposés aux PGM donneront de l’argent au téléthon pour développer les recherches sur les thérapies géniques, en espérant accélérer la guérison de maladies génétiques. Pourtant la thérapie génique consiste à faire de la transgénèse sur des cellules somatiques[5] humaines !
Ouvrons une parenthèse sur cet exemple car il constitue l’un des paradoxes les plus singuliers de ce débat. Les mêmes qui s’inquiètent d’éventuels inconvénients, de toutes natures, qui pourraient résulter des PGM, restent totalement silencieux sur les thérapies géniques. Les risques qu’ils attribuent à la transgénèse seraient-ils moins inquiétants pour l’homme que pour les plantes ? Un paradoxe qui interpelle d’autant plus que, du côté des généticiens, les positions sont inverses. La très grande majorité d’entre eux ne voit pas d’objections de principe aux PGM, mais ils sont nombreux à être très réservés sur les thérapies géniques, arguments scientifiques à l’appui[6].
Mais revenons aux risques biologiques attribués aux PGM. Ils sont en gros de deux ordres : les risques pour la santé et les risques pour l’environnement et l’agriculture, disons « écologiques », au sens large du terme.

Les risques sanitaires invoqués portent sur la toxicité ou les allergies. Les recherches dans ces domaines ont fait l’objet de plus de 1000 publications et rapports depuis 7 ans.
Pour ce qui est des allergies, elles sont largement imprévisibles. Des précautions sont prises, à partir de méthodes d’analyses biochimiques, mais aucune ne permet de supprimer tous les risques d’allergie possibles. Certaines personnes sont allergiques aux fraises, aux kiwis, aux litchis ou à toutes sortes d’autres choses, les PGM ne constituent en aucune façon un cas à part.
Quant au risque de toxicité, il doit être évalué au cas par cas ; c’est le rôle des instances scientifiques spécialisées dont nous parlerons plus loin. Pour un bon résumé de l’état actuel des connaissances, citons Gérard PASCAL, directeur de recherche honoraire à l’INRA, spécialiste mondialement reconnu en nutrition et toxicité alimentaire : « Aucun risque avéré des PGM mises en culture –ou dont une demande d’autorisation de mise sur le marché a été déposée- n’a pu être révélé à ce jour par une quelconque étude scientifique réalisée selon un protocole reconnu au niveau international. Nous ne prétendons pas que le risque de ces plantes est nul mais il semble que le risque sanitaire qu’elles représentent n’est pas plus important que pour les aliments courants » (Janvier 2008).
Sur ces questions de toxicité, le maïs Bt nous fournit un élément de réflexion qui vaut la peine d’être connu et qui est complètement occulté dans le débat public. Cette plante transgénique a reçu un gène, venant de la bactérie Bacillus thurengiensis, qui lui permet de produire une protéine (dite Bt) tuant certains insectes, en particulier la pyrale et la sésamie, principaux ravageurs du maïs. Cette protéine est une variante d’une autre Bt, déjà utilisée depuis plus de 30 ans comme insecticide en agriculture biologique. Comme cette dernière, elle n’est pas toxique et très rapidement détruite par la cuisson et la digestion. En Angleterre, suite à un contrôle à l’automne 2003, 32 produits dérivés de maïs ‘bio’ ont dû être retirés du commerce, ils étaient contaminés par une mycotoxine dangereuse pour l’homme, une fumonisine. Les fumonisines sont une famille de toxines produites par des moisissures, les Fusarium. Elles sont très toxiques pour tous les mammifères, elles portent atteinte au système nerveux, au système immunitaire et sont cancérogènes.
Or, le développement des Fusarium chez le maïs est favorisé par les galeries creusées dans les tiges par la chenille mineuse de la pyrale. Ce qui signifie que la résistance à cet insecte diminue ipso facto l’infection par ces moisissures. Dès 1997, des travaux de recherche ont montré une nette diminution de la quantité de fumonisines chez les maïs Bt, par rapport aux maïs non transgéniques. Résultats largement confirmés depuis par plusieurs laboratoires.

En 2004, un rapport de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) concluait à ce sujet : « Indubitablement, ce fait constitue un point positif dont il serait possible de tirer profit pour accroître la qualité sanitaire des alimentations humaine et animale. ».

Les risques écologiques sont aussi au centre d’un débat très conflictuel. Ils concernent en gros deux types de caractères, quelquefois réunis dans une même plante transgénique : soit on introduit un gène qui permet à la plante de synthétiser un insecticide pour se défendre contre des insectes ravageurs, soit on introduit un gène qui lui confère la résistance à un herbicide total. Dans tous les cas, les gènes viennent des bactéries.

Pour le cas des insecticides, reprenons l’exemple du maïs Bt. Actuellement, la méthode de lutte la plus répandue en Europe consiste à traiter les champs aux insecticides chimiques qui détruisent aussi des insectes utiles et sont toxiques pour d’autres animaux, notamment les oiseaux, et pour l’homme. Les nappes phréatiques sont également polluées car on recourt à des produits plus ou moins persistants.
Ce maïs transgénique permet d’éviter ces traitements chimiques, qui sont de toute façon moins efficaces car la chenille, dans ses galeries, est à l’abri des pulvérisations… contrairement à l’agriculteur !
Deux objections sont faites à ce maïs Bt : d’une part le risque de sélectionner des pyrales résistantes à cet insecticide, d’autre part le risque de tuer d’autres insectes non nuisibles. Des craintes qui sont d’ailleurs tout autant valables, sinon plus, pour les insecticides chimiques. Cependant il s’agit de problèmes bien réels qui ont fait et continuent à faire l’objet de recherches. Depuis 7 ans, on a recensé plus de 1000 publications (dont 208 pour les maïs) portant sur l’impact des PGM insecticides sur la faune non-cible : insectes, lombrics et autres. Ce qui semble en ressortir, c’est que les maïs Bt respecteraient mieux la faune non-cible que les insecticides classiques (contrairement aux idées répandues depuis la polémique sur le papillon monarque). Quant au risque de sélectionner des pyrales résistantes, on peut le limiter en utilisant la méthode dite des ‘zones refuges’, déjà bien connue des agronomes et obligatoire aux États-Unis depuis 2000. Il serait trop long de la décrire ici.
Rappelons aussi que de nombreuses plantes fabriquent naturellement des insecticides puissants dont certains, comme le pyrèthre, sont commercialisés.

Le cas des PGM résistantes aux herbicides est plus délicat. Il s’agit de résistance aux herbicides totaux comme le glyphosate (‘Roundup’ de Monsanto) et le glufosinate (‘Basta’, produit par Bayer). Chacune de ces firmes veut introduire, dans un maximum de plantes cultivées, le gène de résistance à l’herbicide qu’elle vend. Le but étant de vendre aux agriculteurs à la fois l’herbicide et la plante résistante à celui-ci.
On peut craindre que le gène de résistance se transmette à d’autres espèces et qu’à la longue se multiplient les plantes résistantes à ces herbicides totaux, ce qui pourrait devenir très gênant pour les grandes cultures. Ce risque existe pour le colza et pour la betterave car ces deux espèces sont proches parentes de certaines mauvaises herbes et peuvent se croiser avec elles[7]. De plus, le colza peut être aussi envahissant qu’une mauvaise herbe (fait exceptionnel pour une plante cultivée). Pour ces raisons, les cultures de colza et de betterave résistants aux herbicides ne sont pas autorisées en France, en attendant les résultats d’études plus poussées.
Mais, de toute façon, le risque de sélectionner des mauvaises herbes résistantes existe avec l’épandage actuel d’herbicides sur les cultures conventionnelles. C’est d’ailleurs déjà fait, des mutations de résistance spontanées ont été identifiées dans de nombreuses espèces sauvages et peuvent donc se répandre et se propager à des espèces voisines.
Les travaux de recherche sur les impacts économiques et écologiques de ces PGM résistants aux pesticides sont nombreux (près de 700 publications depuis 2000) et se poursuivent activement dans tous les pays où ils sont cultivés. Les résultats varient selon la plante et le pays concernés. Dans les grandes lignes, il en ressort qu’ils facilitent les conditions de culture et que les quantités de pesticides chimiques répandues en sont diminuées. Pour le coton Bt, aux États-Unis et en Chine, on utilise 3 à 5 fois moins d’insecticides chimiques que pour le coton conventionnel.

Le problème de la coexistence entre filières PGM et non-PGM.

C’est surtout en Europe que ce problème est posé. Plus particulièrement en France, où il constitue un point fort de la polémique. Malgré cela, nous passerons rapidement car l’importance accordée à cette question dépend surtout de la perception que l’on a de l’innocuité ou de la dangerosité des plantes transgéniques. Il est évident, là encore, que les inquiétudes sont directement liées à l’image de dangereuse invention contre nature que certains associent à la transgénèse. En effet, pour les plantes conventionnelles, personne n’a jamais exigé une absence de « contamination » entre produits issus de différentes variétés.
Pour organiser la coexistence entre les deux types de filières, PGM et non-PGM, il faut d’abord éviter la dissémination des transgènes par le pollen. Ce risque est très différent selon les espèces. Pour celles qui sont cultivées par multiplication végétative, comme la pomme de terre (on plante des tubercules), ce risque est nul, pour le maïs il existe réellement. Cette question a fait l’objet de 1500 publications et rapports depuis 7 ans, dont 170 pour le maïs. Des solutions techniques sont déjà connues, elles sont utilisées depuis longtemps pour reproduire les variétés classiques. Il reste toujours un léger « bruit de fond », comme disent les agronomes, mais il n’a pas empêché de maintenir la pureté de ces variétés.
Mais pour faire coexister les deux types de filières, il ne suffit pas de contrôler la dissémination du pollen, il faut aussi mettre en place une séparation complète au niveau de la collecte, du stockage, du transport et de la transformation en produit commercial.
Aux États-Unis, il n’y a aucun étiquetage particulier pour les OGM. Au Japon, le taux d’OGM accepté pour les produits étiquetés « sans OGM » (seuil d’étiquetage) est de 5%. L’Union Européenne s’oriente vers un seuil à 0,9%.

L’évaluation des risques.

Les variétés végétales obtenues par les méthodes conventionnelles font l’objet, avant commercialisation, de tests sur leur valeur agronomique mais rarement d’expertises sanitaires ou écologiques. Par contre, les plantes transgéniques et les produits qui en dérivent sont soumis à des réglementations strictes et évalués par des instances spécialisées. Ce sont actuellement, et de loin, les aliments les plus contrôlés. Cette différence de traitement n’est pas vraiment dictée par des considérations scientifiques mais plutôt par les inquiétudes du public vis à vis des PGM.

En France, les instances d’évaluation sont essentiellement :

  • la Commission de Génie Biomoléculaire (CGB), créée en 1986, chargée de l’évaluation des risques sanitaires et écologiques pour chaque demande de mise sur le marché d’une variété transgénique ;
  • l’AFSSA, que nous avons déjà citée. C’est un établissement public créé en 1999. Elle a un « rôle de veille, d’alerte, d’expertise, de recherche et d’impulsion de la recherche, contribue à l’amélioration de la santé publique, de la santé et du bien-être des animaux, de la santé des végétaux et de la qualité sanitaire de l’environnement ». Sa ‘Commission des Biotechnologies’ doit plus particulièrement évaluer la sécurité sanitaire des demandes de mise sur le marché des produits issus d’OGM (y compris les microorganismes) et des semences de plantes transgéniques[8]. Au niveau de l’UE, existe un organisme équivalent : la « European Food and Safety Authority » (EFSA – en français : AESA)

On pourrait rajouter le Comité Technique Permanent de la Sélection (CTPS), bien que ses expertises ne soient pas réservées aux seules PGM et qu’il s’intéresse surtout à la valeur agronomique des variétés et à leur stabilité génétique.
Les évaluations sont donc diversifiées, elles doivent être convergentes pour qu’il y ait autorisation. Ces instances sont très exigeantes, il est même arrivé que sur certains dossiers la CGB et l’AFSSA rivalisent de précautions.

Mais l’étude des risques ne s’arrête pas aux demandes de mises sur le marché.

  • Un Comité de Biovigilance, dépendant du ministère de l’environnement a été créé en 1998, puis réactualisé en 2003 et en 2005, il est chargé du suivi des risques théoriques, pour l’environnement, des PGM mises en culture, en particulier du contrôle de la séparation des filières PGM et non-PGM.
  • Enfin, l’Agence Nationale de la Recherche, créée en 2005, a également un conseil scientifique qui finance des programmes de recherche dans tous les domaines qui peuvent être concernés par les PGM : environnement, santé humaine et animale, problèmes sociaux et éthiques.

Dans de nombreux pays américains et européens, des laboratoires universitaires font également des recherches de ce type. Pour l’Europe c’est surtout le cas en Espagne où les cultures de plantes transgéniques sont assez répandues.

Les PGM pour quoi faire et au bénéfice de qui ?

Nous quittons maintenant le domaine scientifique pour entrer dans les aspects socio-économiques et géopolitiques. Il s’agira juste d’un survol, d’une part parce que ce sujet est lui aussi très vaste, d’autre part parce que l’opinion que l’on peut en avoir dépend essentiellement des convictions éthiques et idéologiques de chacun.
Dans les pays riches et dans les pays pauvres, les problèmes agricoles se posent en des termes très différents. Les premiers sont déjà excédentaires et exportent leurs surplus. Il n’y a donc aucune nécessité vitale pour eux d’augmenter la production de 5 ou 10%. Par contre ils doivent produire de façon moins polluante, en diminuant l’utilisation des intrants (pesticides et engrais)[9].
Pour les pays pauvres, le problème de la quantité de production est vital. Non seulement les surfaces cultivables sont souvent insuffisantes au regard de la population, mais pour les principales céréales (blé, riz, maïs), les pertes annuelles des pays où aucun traitement n’est fait (dues aux maladies, ravageurs et mauvaises herbes) peuvent dépasser 50% pour le blé, contre 18% en Europe de l’ouest. Pour le riz et le cotonnier cultivés sans traitements, les pertes moyennes dépassent 80%.
Des études économiques de la FAO affirment que la production agricole actuelle serait suffisante pour toute la planète. Certains en concluent que le problème de la malnutrition dans le tiers monde pourrait être résolu par une redistribution des ressources alimentaires. C’est une conclusion trop hâtive, pour au moins deux raisons.

  1. Cette redistribution des pays riches vers les pays pauvres peut être utilisée comme un moyen de maintenir une dépendance néocoloniale. On parle même de « l’arme alimentaire ». De plus, la mondialisation commerciale a des effets très pervers. Actuellement les subventions, ouvertes ou déguisées, des gouvernements des États-Unis et d’Europe permettent à leurs agriculteurs non seulement de concurrencer les pays du tiers-monde sur les marchés extérieurs (cas du coton), mais même sur leurs propres marchés (cas du blé et des fruits et légumes). Notre système économique mondial démantèle donc encore plus l’agriculture de ces pays au lieu de les aider.
  2. Il est prévu que la population mondiale atteigne 9,5 milliards d’habitants entre 2050 et 2100. Or les ressources agricoles mondiales actuelles ne sont pas indéfiniment extensibles, elles peuvent devenir insuffisantes. On estime qu’il faut maintenir une augmentation de la production végétale mondiale de l’ordre de 2,5% par an. Mais il vient s’ajouter maintenant un autre danger : la production des agrocarburants, qui risque de détourner d’immenses surfaces de cultures alimentaires. C’est déjà fait aux États-Unis pour le maïs.

La crise alimentaire qui éclate en cette année 2008, avec ses très graves conséquences pour les pays les plus pauvres, vient confirmer toutes ces inquiétudes. La seule solution valable pour les pays en développement est d’augmenter leur production de cultures vivrières pour devenir autosuffisants. La souveraineté alimentaire est essentielle pour garantir l’indépendance de tous les peuples, mais plus encore pour les pays du tiers monde.
Beaucoup de chercheurs en agronomie sont convaincus que les recherches sur les PGM pourraient contribuer, dans un avenir proche, à atteindre les buts énoncés plus haut : réduction de la pollution agricole dans les pays riches et augmentation d’une production non polluante dans les autres. Pour ces derniers, les possibilités les plus couramment envisagées sont l’obtention de résistances aux maladies et de tolérances aux conditions extrêmes : sécheresse, froid, salinité, qui permettraient de cultiver des sols qui sont, ou seront bientôt, inutilisables.
Du point de vue strictement technologique c’est certainement vrai. Soumis au contrôle d’organismes publics, le génie génétique peut être d’une aide appréciable dans certains domaines. Nous avons vu que c’est déjà le cas pour la santé.
Mais notre système économique mondial actuel va-t-il réellement dans ce sens ? Citons un texte de la FAO de 2004 : « Les recherches sur les cultures transgéniques sont, pour la majorité, le fait de sociétés privées transnationales. Cette situation est lourde de conséquences pour le type de recherches effectivement engagées, ainsi que pour les produits élaborés. (…) Les plantes et les caractéristiques présentant un intérêt pour les pays pauvres sont dédaignées. »[10]. Avec la mondialisation néolibérale, les PGM risquent de n’être qu’un instrument de plus dans la concurrence entre les firmes semencières et entre les Etats riches ou émergents. Dans ce contexte de guerre économique, le danger est grand que ces nouveaux outils n’aggravent les problèmes alimentaires et écologiques urgents, au lieu de contribuer à les résoudre.

Les risques des PGM ou l’arbre qui cache la forêt

Le fait que le débat public porte presque uniquement sur les risques supposés des plantes génétiquement modifiées masque un enjeu essentiel : la « privatisation du vivant », pour utiliser un raccourci un peu rapide. La question se pose depuis trois décennies et dépasse largement le cadre de l’agriculture. Dans le contexte économique mondial actuel nous allons, par le biais du brevetage, vers une privatisation des patrimoines génétiques des êtres vivants, génome humain compris. Toutes choses qui font partie du bien commun de l’humanité, générations présentes et futures, et ne doivent en aucun cas être aliénées au profit de quelques empires industriels et financiers. C’est un problème socio-économique mais aussi une question éthique fondamentale qui est au moins aussi sensible dans le domaine médical que dans l’agriculture.
Pour les agriculteurs, il est essentiel de disposer d’un grand éventail de variétés cultivées pour que chacun puisse choisir les mieux adaptées à son terroir et à ses méthodes de culture. Or, les brevets et la concentration des entreprises semencières risquent d’amener la réduction de la diversité des variétés cultivables. De plus, les paysans du tiers monde doivent pouvoir ressemer des graines de leur propre récolte, ce qu’interdisent les brevets. C’est certainement pour eux que cette situation est la plus inquiétante et ils constituent la majorité des habitants de la planète.
Le système actuel des brevets sur les biotechnologies a été élaboré en 1980 aux États-Unis, pour la protection commerciale de souches de bactéries qui métabolisent les hydrocarbures. Depuis, sous la pression de ce pays, où les groupes dominants ont imposé une législation particulièrement dure, il se généralise, aussi bien en agronomie qu’en médecine, par l’effet de la concurrence commerciale mondialisée. Un pays qui refuserait de breveter ses innovations se les verrait confisquées par des firmes étrangères qu’il devrait alors rétribuer pour les utiliser.
La protection des brevets en vigueur aux États-Unis est d’une telle rigidité qu’elle a des effets négatifs flagrants et soulève de plus en plus de critiques. Ce système s’avère complètement inadapté à la complexité du vivant. Non seulement il constitue un frein aux innovations, mais il multiplie les contentieux juridiques entre les multinationales elles-mêmes.
C’est l’un des facteurs qui pousse à la concentration croissante des firmes depuis la fin des années 90, aussi bien dans l’industrie pharmaceutique que chez les semenciers. Chez ces derniers, il y a actuellement 6 groupes dominants au niveau mondial. Citons à ce propos une phrase de P.B. JOLY et B. HERVIEU[11] : « Dans le domaine des biotechnologies, les brevets sont l’instrument de domination de quelques puissantes multinationales qui concentrent les capacités de recherche et tentent de s’approprier les ressources génétiques ». L’exemple de Monsanto, qui contrôle à elle seule près de 90% des cultures transgéniques dans le monde, montre bien que ce danger n’est pas imaginaire. C’est une situation très préoccupante qui constitue l’un des éléments déterminants du débat actuel, poussant certaines organisations paysannes à une opposition radicale aux plantes transgéniques. Pourtant ce n’est pas la transgénèse qui est en cause, mais le brevetage et les pratiques des multinationales.
Pour compléter ce rapide tableau des dangers des brevets, tournons-nous du côté de l’industrie pharmaceutique. Citons juste deux exemples :

  1. Les procès que les grandes firmes de ce secteur ont voulu intenter au gouvernement de l’Afrique du Sud à propos des médicaments contre le SIDA.
  2. Ce que certains appellent la « biopiraterie », une dérive qui consiste à breveter, donc à s’approprier, des substances issues de plantes médicinales utilisées depuis des siècles par des peuples du tiers monde. Il s’agit là de pillage, tout simplement.

Quelles alternatives possibles ?

On peut évidemment rêver d’une suppression pure et simple des brevets et d’une exclusivité des organismes publics sur les recherches. D’un point de vue éthique, il serait tout à fait justifié que des secteurs aussi vitaux que l’agriculture et la santé soient totalement soustraits aux appétits financiers. Le moins que l’on puisse dire est que la politique mondiale actuelle ne va pas dans ce sens ! Cette vision est donc pour le moment utopiste d’autant plus que, pour les raisons vues plus haut, une telle solution n’est viable que si elle est adoptée par tous les pays du monde. Mais dans l’immédiat, d’autres solutions sont envisageables, forcément différentes selon les régions du monde et les types de cultures, et certaines sont déjà opérationnelles.
Une première mesure essentielle consisterait déjà à exclure du champ des brevets les gènes eux-mêmes. C’était le cas de la loi française jusqu’en décembre 2004. Depuis, la transposition de la directive européenne autorise dans certaines conditions leur brevetage.
Il est possible aussi de développer les modèles de mutualisation des ressources variétales qui existent déjà de par le monde. Certains de ces modèles se situent aux antipodes de la stratégie des multinationales et sont basés sur le principe de la « conservation à la ferme ». C’est le cas des « initiatives de sélection et de gestion participative », déjà bien structurés dans certains pays (Syrie, Mexique, Italie). Il s’agit de réseaux de paysans échangeant et valorisant des variétés anciennes. Cela se fait quelquefois en relation étroite avec les consommateurs, comme dans le cas des « Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne » (AMAP) bien connues en Provence. A partir de celles-ci, se met maintenant en place le réseau « Urgenci » qui se définit comme un « réseau mondial des partenariats locaux solidaires entre producteurs et consommateurs ». L’intérêt citoyen de ce système alternatif est qu’il se construit sur la base de préoccupations économiques et sanitaires mais aussi éthiques (la solidarité).
Des systèmes intermédiaires, à partir d’organismes officiels, ont aussi été créés qui visent à favoriser une « mutualisation des ressources génétiques ». On en a un exemple en France avec le programme « Génoplante » qui regroupe des organismes de recherche publique, des sociétés privées et des organisations d’agriculteurs, dans le but de mutualiser les moyens de recherche entre tous ces acteurs. Ce programme a été créé en 1999, avec un poids important des agriculteurs et des organismes publics. On pourrait imaginer qu’il soit prolongé par un système de mutualisation des brevets, ce qui changerait leur nature même. Un aspect particulièrement intéressant de Génoplante est que les agriculteurs des pays en voie de développement ont un libre accès aux résultats des recherches, permettant ainsi des transferts de technologie. Des scientifiques essaient de promouvoir cette expérience au niveau de l’Europe, comme alternative à la privatisation des ressources génétiques.

Brèves réflexions sur la controverse

Le débat actuel présente à la fois des aspects positifs et d’autres plus inquiétants. Le côté positif est de montrer aux décideurs économiques et politiques que les citoyens, après les tristes affaires du sang contaminé et de la vache folle (où les chercheurs n’avaient rien à voir, soit dit en passant), en ont assez d’être le jouet de sordides affaires de profits financiers. De plus, les inconvénients de l’agriculture intensive sur l’environnement et l’alimentation commencent à être perçus de tous, grand public comme spécialistes. Les citoyens exigent d’être mieux informés et plus impliqués dans les instances de décisions. Le « tais-toi et mange » n’est plus de mode ! Ce débat amène aussi les chercheurs à prendre conscience que leurs recherches ne sont pas politiquement neutres et qu’ils doivent se sentir concernés par les utilisations qui en sont faites. C’est tout le rapport entre science et démocratie qui est en cause. Vaste programme, surtout dans le contexte politique actuel !
Pourtant, la controverse ne peut avoir un sens et un intérêt que si elle permet de faire la part des vrais problèmes et des peurs irrationnelles, voire superstitieuses, et de ne pas se tromper de cible. Actuellement, c’est d’autant moins le cas que ces peurs sont exploitées par certains à des fins personnelles ou politiques et par d’autres à des fins commerciales. Beaucoup de media préfèrent l’émotionnel et le « thriller » à la véritable information, c’est bien plus « vendeur ». On peut aussi s’inquiéter que, dans ce conflit, apparaissent de plus en plus souvent des relents, parfois inconscients peut-être, d’anti-recherche et d’anti-science. C’est toujours de très mauvais augure pour une société, même si on doit aussi se garder de la dérive scientiste. Il est devenu évident que certains courants d’idées remettent en question la démarche scientifique elle-même, c’est à dire les progrès de la connaissance, et pas seulement ses retombées technologiques. Ils contribuent ainsi à la résurgence actuelle de toutes sortes d’obscurantismes, dont l’un des plus marquants est le créationnisme. Ce dernier n’est d’ailleurs pas sans rapport avec la sacralisation du naturel, évoquée plus haut, à forte connotation religieuse elle aussi.

Certains droits réservés
Jean-Claude Bregliano
Généticien
Professeur des Universités retraité

N. B. : Je remercie mes collègues de l’Université et de l’INRA qui, en me faisant bénéficier de leurs compétences, m’ont aidé pour la rédaction de ce texte.
Crédit photo : Alvy sous licence Creative Commons.

Notes

[1] Petit condensé de biologie : L’unité de base de tous les êtres vivants est la cellule. Les êtres les plus simples sont constitués d’une seule cellule, les plus complexes peuvent être composés de milliards de cellules (environ cent mille milliards pour un être humain). Les chromosomes sont situés dans le noyau des cellules, ils sont constitués de très longues molécules d’ADN. Un gène est un segment d’ADN qui permet la synthèse d’une protéine, qui va elle-même remplir une fonction bien précise dans la cellule. Le génome peut être défini comme l’ensemble des gènes nécessaires à la vie d’un individu. Ce dernier point est très simplificateur car le génome contient aussi une très grande quantité de séquences d’ADN qui ne sont pas des gènes ‘classiques’; par exemple les éléments génétiques mobiles (voir note 2).

[2] Elles sont dues à des éléments génétiques mobiles (des sortes de ‘gènes sauteurs’), qui sont insérés dans les chromosomes et peuvent changer de position. Ils existent chez tous les êtres vivants, des bactéries jusqu’à l’homme ; ils font partie intégrante de leurs génomes et peuvent parfois se transmettre d’une espèce à une autre. Certains d’entre eux sont très apparentés aux rétrovirus. Un stress physiologique ou un croisement, en perturbant leur régulation, peuvent déclencher chez eux une mobilité excessive, source d’anomalies génétiques (voir l’Encyclopaedia Universalis, articles de l’auteur).

[3] Le lecteur qui souhaiterait avoir des données beaucoup plus détaillées peut se reporter au livre d’André Gallais et Agnès Ricroch : « Les plantes transgéniques : faits et enjeux », paru en 2006 aux éditions Quae (éditions de l’INRA).

[4] L’un des plus beaux exemples est sans conteste la peur d’une « pollution génétique irréversible de la planète ». Dans l’imaginaire de certains, l’invasion d’OGM aux pouvoirs maléfiques a remplacé celle des petits martiens verts (seule la couleur n’a pas changé !).

[5] On appelle cellules somatiques toutes les cellules de notre corps, à l’exception des cellules reproductrices.

[6] Les essais de thérapies géniques conduits depuis 20 ans dans le monde ont entraîné un grand nombre de complications médicales, y compris des décès.

[7] Pour le maïs, la tomate et la pomme de terre ce problème n’existe pas en Europe. Ces plantes, originaires du ‘nouveau monde’, sont génétiquement très isolées sur notre continent où n’existe aucune espèce apparentée.

[8] Les avis et rapports de l’AFSSA sont en libre accès sur internet dans leur intégralité.

[9] En France, un rapport de 2005 alerte les pouvoirs publics sur le fait que près de 9000 pesticides différents sont en vente. De plus, notre pays arrive au deuxième rang mondial pour le tonnage de pesticides utilisés.

[10] La situation est exactement la même pour les médicaments.

[11] Ces deux auteurs sont directeurs de recherche à l’INRA, économistes et sociologues. Beaucoup d’informations sur les solutions alternatives sont issues d’un de leurs articles, paru en 2003 dans la revue ‘Futuribles’ et intitulé : « La ‘marchandisation du vivant’. Pour une mutualisation des recherches en génomique ».

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