Reflexio

jeudi 20 novembre 2008

Le P2P, « l’industrie culturelle » et le gouvernement.

Ce soir, j’ai envie de manifester mon avis sur ce thème très polémique ces derniers temps, au point que les candidats au secrétariat du PS se doivent d’en parler dans leurs motions

L’état des choses: le gouvernement veut faire passer une loi instaurant ce que l’on appelle la riposte graduée: effrayer l’internaute moyen en le menaçant de lui couper son accès à internet s’il continue à télécharger. Deux avertissements, au troisième message, le couperet tombe. Une politique de la peur, qui diabolise le consommateur…

Pour ou contre? Pas mal d’arguments des deux côtés, chiffres et études scientifiques à l’appui. Il se dit un peu tout et n’importe quoi d’ailleurs. Mais mon exposé ne porte même pas là-dessus.

Une alternative? La licence globale: comme la redevance TV: chaque abonné paie une « cotisation », le tout partagé entre les différents acteurs de la culture. Là aussi, pas mal de débats.

Mais je vous avouerais que mon objet ne porte pas non plus sur ce point.

Pour plus de détails, vous n’avez qu’à rechercher « Hadopi » ou « riposte graduée », le net regorge d’avis divers et variés sur le sujet. Sinon, j’ai aussi écrit deux, trois trucs là dessus mais ils sont engagés…

Edit: un dossier complet sur l’hadopi par PCinpact. Incontournable si vous n’avez pas suivi l’intrigue depuis le début!

Mais, entrons dans le vif du sujet. Mon objet, c’est cette société de consommation, et le débat qui règne sur le P2P actuellement ne fait que remonter à la surface les mécanique cachées qui dirigent notre société.

Je vais à n’en point douter paraitre très naïf aux plus aguerris d’entre vous, mais je suis jeune et je viens d’ouvrir les yeux. Je m’en excuse par avance.

Pour comprendre un phénomène, il n’y a qu’une seule voie: la découverte de ses principes sous-jacents. En physiques, on appelle cela des lois. Dans le cas présent de notre société de consommation, de notre toute puissante (ou pas) économie de marché, ces principes sous-jacents, ce sont ceux qui animent les organismes. Ici, les protagonistes sont: le gouvernement, les industriels, les lobbys. Pour simplifier, on considèrera que les lobbys ne sont que l’expression des vœux de l’industrie. On a donc deux protagonistes. Ces deux acteurs sont des organisations, i.e. des réunions de personnes. Les principes qui animent ces organisations proviennent de deux origines: les individus qui la composent mais aussi, il ne faut pas l’oublier, l’organisation en elle-même. On ne peut réduire une organisation à la somme de ses composants. Il existe des phénomènes qui émergent des interactions entre les individus au sein de ces organisations. Voila donc le décor planté.

Trivial de constater que ces deux protagonistes, avec leurs centaines d’organisations et leurs milliers d’individus en interaction sont des phénomènes très complexes. Je n’essaierais donc pas d’être exhaustif, même pas un peu, surtout dans les quelques centaines de mots qui vont composer cet article. Mon but sera seulement de mettre en lumière les traits les plus gros, qui a eux seuls me semblent capable d’expliquer certaines des plus grosses tendances.

En effet, nombre de débats se font sur la surface, avec des nombres qui ne veulent rien dire, quand il ne sont pas arbitraires voire même totalement bidouillés. Après tout savoir si « l’industrie culturelle » est en faillite ou pas n’a pas vraiment d’intérêt à part pour les actionnaires. Ce qui est intéressant, ce n’est pas l’information qu’on nous livre par les prismes tous plus déformants des différents medias sources ou même des lobbys; non, ce qui est intéressant, c’est d’essayer de tirer de tout cet intox, de toute cette « junk-information » (pardonnez-moi ce néologisme, mais il a l’intérêt d’être clair), les motivations sous-jacentes des différents acteurs.

C’est donc à partir d’ici, lecteur, que je m’engage réellement, que je te livre mon avis sur tout ça.

Tout d’abord, les industriels (et donc les lobbys des industriels): ce qui leur importe, ce sont les chiffres qui seront imprimés sur leurs fiches de paie des mois prochains, donc par extension le bénéfice de leur entreprise. Certains de ces individus sont surement remplis de bons sentiments, cependant, au niveau de l’organisation, il n’en subsiste plus qu’un: l’appât du gain. Or, leur fond de commerce, c’est la vente de supports (matériels) avec de la culture dessus. Sauf que ces gens là on loupé la révolution de l’informatique (c’est pourtant pas un secret…). Ils n’ont pas remarqué que l’informatique permet de manipuler très aisément et rapidement l’information. Or, la culture c’est quoi? De l’information avec une valeur ajoutée: de l’information culturelle. Mais ça reste de l’information. A partir de là, ça reste aisément manipulable par l’informatique. Et c’est là que le bât blesse. Le fond de commerce de ces gens là repose bien sur le support, pas sur l’information. Comme l’eau minérale. On ne vous vend pas l’eau, bien commun à tous les français en France; on vous vend une bouteille, un package, un service. Que l’eau minérale se mette à couler au robinet et s’en est fini de l’industrie de l’eau minérale. C’est exactement ce qui est en train de se dérouler pour « l’industrie culturelle ». Certes, c’est elle qui produit « l’eau minérale », mais leur business model qui reposait sur la vente de bouteilles se fait couper l’herbe sous le pied par les toutes nouvelles canalisations (internet et le P2P). Et ces cons là, ben soit ils l’ont pas vue cette révolution, soit il faut croire qu’ils partagent un bon paquet de gènes avec les Autruches

Du coup, réaction primitive: on protège ce qu’on a. On cherche par tous les moyens à protéger son fond de commerce. Voila ce que fait en ce moment « l’industrie culturelle » toute entière: sauver les bouteilles, parce que s’ils n’en vendent plus, étant donné qu’ils ne sont pas foutus de s’adapter, ils vont disparaitre. Mais là où c’est pas cool, c’est qu’au niveau de telles organisations, il n’y a que l’appât du gain, pas de souci de morale. Je dis pas que c’est une mafia; mais avec de tels intérêts financiers, il y a forcément des opérations troubles qui se cachent derrière les agissements publics. Des accords financiers plus ou moins officiels, de la corruption plus ou moins visible envers les détenteurs du pouvoir. Et ici, le pouvoir, c’est le gouvernement.

Voila donc le décor: de nouvelles canalisations, des industriels qui veulent vendre des bouteilles et un gouvernement qui peut agir sur les canalisations. Et cela donne quoi? Vous l’avez dans le mil: la riposte graduée, le projet Hadopi etc…

Maintenant, étudions cet acteur qu’est le gouvernement: il détient le pouvoir législatif. Il est censé définir un certain nombre de relation entre les éléments de la société: individus et organismes. D’un côté des vendeurs de bouteilles, de l’autre des consommateurs qui, d’un point de vue financier ont plutôt intérêt à se servir au robinet. Le gouvernement doit en théorie rechercher le meilleur compromis entre les deux côtés. Cependant, d’un côté il y a de puissants intérêts financiers qui impliquent de larges organisations et de l’autre, les consommateurs, la foule atomisée, très peu organisée. Les lobbys industriels dotés de moyens puissant appuient fortement sur le détenteur du pouvoir tout en tentant de se faire une bonne image auprès du public. De l’autre côté: quelques citoyens éparses mais conscient des enjeux et quelques organismes (associations par exemples) aux moyens assez faibles.

Voila donc le gouvernement comprimé entre les lobbys industriels et la mission première de l’état qui reste de garantir les libertés de ses citoyens. Et c’est là que ça craint: ce gouvernement semble céder aux pressions des lobbys et n’hésite pas à renoncer aux libertés de ses citoyens. Et je trouve ça vraiment dégueulasse. Au final, si ce gouvernement persiste et signe, ce seront bien les industriels, ces entreprises qui ont raté le coche de la révolution informatique qui auront gagné. Ils pourront continuer à survivre quelques temps (l’économie de marché, comme le monde vivant , est impitoyable; le plus adapté survit surtout quand la pression de sélection est importante… comme en ces temps de crise) , mais à quel prix? Au prix du sacrifice de certaines libertés des citoyens français!

Cependant, rassurons-nous. Ils auront gagné une victoire mais pas la guerre. Car ils sous-estiment largement la flexibilité du réseau des canalisations. Leur politique de la menace, de la peur ne pourra contraindre l’extraordinaire force de ce que l’on nomme l’internet. Les robinets ne sont pas prêts de s’arrêter de couler!

Voila. J’espère ne pas vous avoir ennuyé avec des banalités. Mais je suis jeune et révolté.

Ginklpios, qui boit son eau au robinet.

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