Reflexio

mardi 27 novembre 2007

La culture, ou comment l’homme s’extirpe de la nature.

Filed under: Reflexion — ginklpios @ 16:53
Tags: , , , , , ,

Je vais choisir le point de vue éthologique (science qui s’intéresse aux comportements animaux) pour définir la culture: « tout comportement, habitude, savoir, système de sens (en anthropologie) appris par un individu biologique, transmis socialement et non par héritage génétique de l’espèce à laquelle appartient cet individu. » (source:wikipedia)

L’évolution « naturelle » des êtres vivants est essentiellement génétique (bien que des facteurs dits épigénétiques se laissent entrevoir par les scientifiques depuis peu). C’est donc une évolution relativement lente. Toutefois, depuis pratiquement les débuts de la vie, les êtres vivants ont mis en place des systèmes d’adaptation rapides. Les premiers sont attribuables aux bactéries qui peuvent par exemple adapter leur métabolisme à la source de nourriture présente dans le milieu. De manière générale, les êtres vivants ont développé ce genre de mécanismes: un système de perception qui envoie un message à un système qui réagit en réponse. On connait de tels mécanismes à différentes échelles: récepteur à protéine G, système hormonal, système nerveux. Bien que leurs paramètres varient, ces systèmes fonctionnent tous selon le schéma énoncé.

Le système à protéine G fonctionne à l’intérieur de nos cellules,tandis que les systèmes hormonaux et nerveux font partie des systèmes de communication intercellulaire. L’action du premier est lente et durable tandis que l’action du second est rapide mais plus temporaire et suppose la mise en place d’un réseau nerveux. Grâce à l’évolution génétique, les systèmes nerveux sont parvenus à stocker durablement de l’information. On appelle cela la mémoire. Ceci est un point primordial. En effet, la capacité des systèmes nerveux à enregistrer, stocker et lire de l’information n’est pas sans rappeler la fonction de l’ADN, des polymérases et des ribosomes.

Cependant, il y a une très grande différence entre les deux systèmes: l’enregistrement (et la modification) des informations stockées est orientée dans un réseau nerveux, tandis que la modification de l’information génétique est aveugle, dépendante du hasard. L’évolution des informations contenues dans un réseau nerveux peut donc être orientée et non laissée aux facéties du hasard. Le système nerveux permet aussi une très grande flexibilité alliée à une vitesse d’évolution particulièrement élevée.

Les animaux qui ont acquis de tels réseaux nerveux ont beaucoup gagné en adaptabilité et en vitesse d’adaptation. Mais les systèmes nerveux permettent encore plus que tout cela!

En effet, les informations y sont stockées de manière virtuelle, dont aisément multipliables (cela explique aussi pourquoi l’information nerveuse est modifiable aisément et rapidement). Recopier l’information dans un même cerveau est totalement inutile, en revanche, la recopier dans un autre cerveau est révolutionnaire!

C’est cet acte de transmission que l’on appelle culture. En passant d’un corps à l’autre, l’information culturelle s’affranchit des limites corporelles, celles de l’information génétique, celles de la nature. Elle devient potentiellement immortelle tout en conservant sa capacité à évoluer. Son évolution n’est conditionnée que par l’usage qui en est fait par les individus, qui dépend partiellement du reste de la culture. Il existe un théorie des mèmes qui décrit l’évolution de particules culturelles mais on s’éloigne de mon propos (qui est parti de loin tout de même 😉 ).

La culture, en évoluant a donné les moyens à l’homme de modifier ses caractéristiques physiques grâce aux outils. Nous sommes devenus des cyborgs. La culture a ainsi rajouté une dimension à notre évolution qui a gagné un rapidité mais qui est surtout orientée: à un problème, nous fournissons une solution testée virtuellement et donc déjà sélectionnée (plus ou moins bien… mais ceci est un autre débat). Aujourd’hui, à l’aide d’outils, la culture est parvenue à nous donner les moyens d’agir directement sur notre information génétique. Il se peut que demain elle nous permette de nous affranchir de notre « condition humaine » en nous fournissant des corps intégralement maitrisables de façon consciente ou encore des corps « immortels ».

Ginklpios, qui aime faire fonctionner ses neurones pour recopier, modifier et distribuer de l’information.

Publicités

2 commentaires »

  1. […] je l’ai déjà exprimé dans cet article précédent, l’augmentation du volume crânien des ancêtres de l’homme s’est accompagnée de […]

    Ping par Nous. « Reflexio — mardi 1 janvier 2008 @ 22:14 | Réponse

  2. thanks much, brother

    Commentaire par Rudolftf — dimanche 23 mars 2008 @ 14:18 | Réponse


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :